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12.07.2007 : "On est fier de son pays" (LCI)

Hervé Morin, invité du Journal de l'économie sur LCI

 10 Ko Eric Revel : Ce sera une grande première évidemment cette année, le défilé du 14 juillet, grande première pour le chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy et puis, grande première aussi pour vous, Hervé Morin, ministre de la Défense. Alors, je ne sais pas si le dépoussiérage voulu par Nicolas Sarkozy peut aller jusque là mais sans doute vous vous souvenez d’une chanson de Coluche qui disait « on n’est pas là pour se faire engueuler, on est là pour voir le défilé. » Vous, Hervé Morin, vous avez non pas répété mais enfin, vous avez pris la mesure sur les Champs-Elysées déjà de ce que sera ce défilé du 14 juillet pour le ministre de la Défense que vous êtes. Est-ce que, avant cette première, comme avant une première je ne sais pas au théâtre ou au cinéma, on a le tract ?

Hervé Morin : Je sais que j’aurai le tract samedi, cela ne fait aucun doute. J’aurai surtout plus que le trac de l’émotion, de l’émotion parce qu’un défilé du 14 juillet, c’est toujours beaucoup d’émotion, j’ai déjà eu l’occasion d’assister à deux défilés du 14 juillet et voilà, c’est quelque chose de beau, on est fier de son pays.

Mais quand vous étiez gosse, vous regardiez cela à la télé ?

Oui, je regardais cela …

Vous imaginiez un jour être ministre de la Défense …

Non, bien sûr que non. Je disais cela aux sénateurs avant-hier où j’étais devant la commission de la défense, des affaires étrangères et de la défense du Sénat pour présenter un peu les premiers éléments de notre politique et je leur disais « je n’imaginais pas que le jeunes collaborateur de François Léotard, ministre de la Défense, serait un jour à sa place pour évoquer avec vous les questions de défense.

Alors, il y aura une grande première dans ce défilé, c’est les 27 pays européens qui pour la première fois envoient des contingents pour défiler. Vous les avez déjà vus, vous, répéter ; est-ce que cela pose des problèmes, je ne sais pas, entre les Grecs, les Allemands, les pompes différentes ?

Non, c’est assez extraordinaire : d’une part, l’image est très belle, l’image est très belle parce que même si on est né après guerre, on n’oublie pas que l’Europe a été un continent qui s’est déchiré et qui a connu depuis des siècles des guerres tous les trente ans ou tous les quarante ans. Et puis, cette image est magnifique parce que j’ai discuté avec les soldats, on était à 5 heures 30 ou 6 heures du matin, on a pris un café ensemble. Alors, c’est assez drôle parce que …

La popote.

Oui, il n’y en a pas un… Pas une armée n’a le même pas, pas une armée n’a la même cadence, certains lèvent le bras très haut, d’autres sont moins démonstratifs, vous avez une situation dans laquelle certains ont le poitrail complètement, les Espagnols ont le poitrail complètement débraillé. Certains crient en arrivant devant la tribune officielle mais le tout, c’est que vous aviez des soldats de Roumanie, d’Espagne, d’Allemagne, de Suède qui tous disaient « vous n’imaginez pas la fierté et l’honneur que cela représente pour nous de défiler à Paris en France le 14 juillet. »

Vous lancez une grande initiative, celle de voir si l’on peut faire des économies sur le budget des armées et vous avez fait appel à des conseils d’audit privés et à des grands patrons comme Bertrand Collomb, l’ancien patron de Lafarge ou Jean-Martin Folz, l’ancien patron de PSA. Qu’est-ce que ces gens viennent faire dans votre dispositif ?

J’ai voulu qu’il y ait des aiguillons, qu’il y ait des personnes qui disent « mais attendez, dans le privé, nous on est en permanence à la recherche d’économies. » Regardez les choses. J’ai rencontré hier matin le patron d’un grand établissement bancaire qui m’expliquait que dans certains pays européens, on avait monté des ingénieries financières qui permettaient de construire des frégates.

Sur les gisements d’économies, cela va justifier a posteriori la réduction des budgets militaires ?

Non. L’idée qui est celle du président de la République et du Premier ministre, elle est simple ; Vous faites des économies (1) parce que l’on doit faire des économies, parce que l’on dépense, on a un niveau de dépenses publiques plus élevé que les autres pays européens mais (2) une partie de ces économies, elle est pour vous, elle est pour nous, pourquoi, pour la défense ? Pour améliorer la condition militaire et il y a des choses à faire et éventuellement pour un certain nombre …

Vous estimez que les budgets militaires des années à venir seront suffisants pour lancer le fameux second porte-avions ?

On est dans une cohérence intellectuelle ; le président de la République a souhaité que l’on ne mette pas la charrue avant les bœufs et donc il s’est clairement fixé comme perspective de construire ce second porte-avions mais nous avons un système dans lequel on a le Livre blanc, c'est-à-dire l’analyse stratégique, les moyens, les missions des armées, les capacités dont nos armées ont besoin, une revue des programmes qui permet de faire le point sur tous les programmes d’armement que nous avons en cours et à partir de cela, des arbitrages et cela tombe assez bien parce que sur le porte-avions, nous le faisons à deux, nous le faisons avec les Britanniques.

Bien sûr.

Et les Britanniques ont un nouveau gouvernement. Ils n’ont pas, à ce que l’on peut me dire mais je vois le ministre de la Défense samedi matin, nous le faisons avant le défilé, nous aurons l’occasion de voir si pour eux, c’est toujours un projet d’avenir et cela nous laisse un peu de temps.

Sur le Rafale, vous savez que pour l’instant, l’avion de Dassault de chasse n’est toujours pas exporté. Il y a seulement l’armée française qui en commande ; est-ce que vous avez des bonnes nouvelles en provenance du Maroc qui serait susceptible d’en commander, 16,18 exemplaires dit-on ?

Ecoutez, on est en concurrence avec les Américains comme un peu près partout ; l’avion est un avion formidable. Les pilote de l’armée de l’air, je suis allé sur une base aérienne il y a peu de temps, qui accueille les Rafale à Saint-Dizier et les pilotes qui avaient volé sur Rafale à Duchambe …

Qui est la base aérienne d’Afghanistan pour les forces françaises…

…pour appuyer les forces en Afghanistan disaient « cet avion est extraordinaire, sûreté du vol, sécurité » …

Mais pour l’instant, on ne l’exporte pas.

Voilà, on ne l’exporte pas. Il y a des tas de raisons pour cela. Ce qu’il nous faut, c’est mener au niveau français, un vrai plan national stratégique sur les exportations.

Lundi, il y a une rencontre attendue entre Angela Merkel et le chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, pour parler de l’avenir d’EADS, la maison mère d’Airbus. La gouvernance va être remise à plat. Est-ce que c’est u dossier vraiment frontal entre la France et l’Allemagne comme le dit en ce moment la presse allemande ?

Je ne sais pas ce que dit la presse allemande, je ne l’ai pas lue ; je ne lis pas l’allemand mais ce qu’il faut, on le sait bien, c’est améliorer la gouvernance de l’entreprise. On ne peut pas être dans un système de discussions internationales, de couple permanent avec un Allemand et un Français qui l’un et l’autre sont là pour se contrôler.

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