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11.04.2008 : Interview dans La Tribune

 13 Ko Quand la réforme de la DGA sera-t-elle lancée ?

Compte tenu de l’ensemble des modifications réglementaires qui s’imposent, l’objectif de la mise en œuvre est que nous puissions être opérationnels au début de l’année de 2009.

Quelles sont les grandes lignes de cette réforme ?

Fallait-il transformer la délégation générale pour l’armement en agence – préconisée par la plupart des observateurs au moment de la campagne présidentielle ou au contraire la rapprocher du ministère ? Nous avons choisi de la transformer en direction générale. Il ne s’agit pas pour nous d’enlever au directeur général de l’armement ses responsabilités. Ce n’est pas le moment d’éloigner du ministère la gestion des programmes d’armement ni de le priver de l’expertise technique indispensable. La problématique, liée notamment à la construction budgétaire et au déroulement des programmes, n’est pas une problématique de structure mais d’efficience du processus. C’est une maladie bien française de considérer qu’il faut changer de structure quand on estime que ça ne marche pas assez bien.
Au-delà de la seule DGA, le déroulement des programmes d’armement sera amélioré, d’abord par la création d’un comité ministériel d’investissement, que je présiderai et qui regroupera les instances existantes, dont la compétence est trop partielle. Ce comité permettra au ministre d’assurer un suivi régulier des opérations majeures, éclairé par l’avis des grands responsables du ministère.
Je veux un séquençage du déroulement du programme d’armement afin qu’il y ait des rendez-vous permettant au ministre d’examiner régulièrement les options et les choix proposés afin qu’il ne soit plus mis devant le fait accompli.
Une même équipe de programmes intégrée suivra le programme tout au long de sa vie. Au sein de cette équipe, un pilote sera identifié, entre l’EMA et la direction générale de l’armement, pour chacun des stades du programme : de la préparation au retrait du service, en passant par la conception, la réalisation et la mise en œuvre et au maintien en condition opérationnelle.

Avez-vous pris en compte la dérive des coûts ?

Effectivement. Nous devons intégrer dans les programmes non seulement le coût de réalisation, mais aussi le coût d’utilisation, de possession et de déconstruction. On ne peut pas continuer dans un système où le maintien en condition opérationnelle (MCO) n’est pas assez pris en compte. Pour vous donner un ordre de prix - même s’il s’agit de comparer l’équivalent d’une 4L et d’une Ferrari - entre l’hélicoptère Gazelle et le Tigre, le coût de l’heure de vol passe de 800 à 8.000 euros au titre de l’entretien programmé des matériels. On ne peut pas faire abstraction de ces différences de coûts au moment du lancement des programmes. Dois-je rappeler que le budget de la défense a augmenter d’un milliard et demi d’euros entre 2002 et 2007 sur le maintien en condition opérationnelle des matériels. Deuxième idée majeure, je veux que l’on intègre, dans la conduite des programmes l’idée de stricte suffisance technologique et l’exportabilité du matériel. Ce n’est pas aujourd’hui suffisamment intégré.

Qu’avez-vous finalement arbitré pour le pôle fort à l’exportation que vous souhaitez créé ?

J’ai décidé de renforcer le rôle de la direction générale de l’armement dans l’organisation des exportations d’armement et notamment de lui confier l’instruction des dossiers d’autorisation d’exportation jusqu’alors répartie dans deux services différents du ministère. L’état major des armées et la délégation aux affaires stratégiques continuent à donner leur avis sur la pertinence de l’exportation de tel ou tel matériel, au titre de notre sécurité.

2008 sera-t-elle une bonne année pour les exportations ?

L’année 2008 a très bien commencé avec les contrats avions-ravitailleurs aux Emirats arabe unis, en Arabie Saoudite. Il y a toute une série de prospects à travers le monde pour lesquels j’ai le sentiment que les choses se déroulent convenablement. Je m’y investis personnellement beaucoup et ce n’est pas impossible que la France fasse une bonne année et engage le redressement des exportations d’armement.

Allez-vous lancer la réforme des centres d’essais de la Direction générale de l’armement ?

Sur la restructuration des centres d’essais, certains voulaient en faire des centres de profits pour les transformer en établissement public industriel et commercial. Mais il y a un certain nombre de centres technologiques qui, en raison de la nature des recherches qu’ils mènent, ne peuvent générer des revenus tiers. Ces centres abritent des compétences extrêmement sensibles sur des sujets de recherche de souveraineté nationale. En revanche, le ministère va rapidement mettre en place un rapprochement entre les centres d’essais de la DGA et ceux de l’armée de terre. Chacun continuera à faire son métier mais cela permettra de mutualiser les efforts d’équipement et d’infrastructure.

Combien de suppression de postes allez-vous effectuer dans le cadre de la révision générale des politiques publiques ?

Je n’ai pas d’objectifs chiffrés, ni de quotas. Je veux seulement que la réorganisation du ministère permette d’améliorer l’efficacité de l’ensemble de la structure. Quand j’évoque la réduction de 6.000 emplois– civils et militaires – par an, ce n’est que l’application du non-remplacement d’un départ sur deux à la retraite qui s’appliquera à tous les ministères.
C’est notre participation à l’objectif gouvernemental.


Au-delà de cette réforme, le ministère de la Défense va-t-il avoir une politique industrielle ?

La France doit donner une impulsion sérieuse pour que soit organisé un marché européen sans créer des situations monopolistiques. Il nous faut aller vers des partenariats industriels à l’échelle européenne qui doivent à terme comprendre des échanges capitalistiques.
Il nous faut cependant éviter que les Etats se retrouvent dans une situation de déséquilibre pour discuter avec les industriels lors de lancements de nouveaux programmes; Il est clair que nous avons besoin d’avoir une réflexion à l’échelle européenne et pas seulement au niveau franço-français. Nous entretenons un dialogue nourri avec les Britanniques, qui représentent l’essentiel de l’industrie d’armement en Europe. Il le faut aussi avec l’Allemagne et l’Italie.

En France, les industriels attendent le feu vert pour lancer des opérations de rectification de frontières…

… Je suis un libéral par nature. C’est d’abord aux industriels de monter des projets communs. Que l’Etat ait ensuite un œil pour éviter les mouvements contraires à l’intérêt général, c’est évident.

Propos recueillis par Michel Cabirol


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