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28.02.2008 : Hervé Morin, l'invité de Jean-Jacques Bourdin (RMC - BFM TV)

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 10 Ko
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour la libération d'Ingrid Bétancourt, on est dépendant en grande partie d’Hugo CHAVEZ...

HERVE MORIN
Voilà ! Il faut arriver par la discussion, la pression internationale à faire en sorte qu’Ingrid BETANCOURT soit libérée, mais tout autre initiative ou idée…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des forces spéciales françaises qui sont là-bas, dans la région ?

HERVE MORIN
Non, absolument pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, absolument pas !

HERVE MORIN
Nous sommes en Guyane, bien entendu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, absolument, oui.

HERVE MORIN
Mais enfin, à l’échelle du continent, mais au-delà des 2 500 ou 3 000 hommes que nous avons en Guyane, dont des force spéciales, puisqu’en plus il y a des opérations extrêmement importantes qui sont menées à l’heure actuelle, notamment contre l’orpaillage, c’est-à-dire le fait d’extraire de façon clandestine l’or des fleuves guyanais, nous avons des hommes là, c’est tout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Hervé MORIN, le Tchad, vous étiez avec le Président de la République au Tchad.
(…/…)

HERVE MORIN
La troisième chose que le Président de la République va mettre en œuvre dans les jours qui viennent, c’est l’idée d’une médiation internationale avec notamment le Congo et la Libye puisque le Congo et la Libye avaient chargé de cela par l’Union africaine. On y ajoutera peut-être le Président WADE puisqu’il avait pris une initiative, le président du Sénégal, et dans laquelle l’Union européenne a donné son accord. Louis MICHEL, le commissaire européen, était avec nous, et où enfin Abou DIOUF, l’ancien président sénégalais, qui est une des grandes figures de l’Afrique, aussi participera et donc on a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… l’armée française n’a jamais su où se trouvaient ces opposants ?

HERVE MORIN
Non, bien sûr que non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jamais ?

HERVE MORIN
Non, sinon on vous le dirait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Mais vous êtes catégorique là, on n’a jamais su ?

HERVE MORIN
Non, mais il faut savoir qu’on a été dans une situation où nous nous avons eu un travail colossal qui a été de maintenir et de contrôler l’aéroport pour assurer l’évacuation de nos ressortissants ; et d’autre part, un autre travail colossal qui a été fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… de donner des informations aussi au président DEBY.

HERVE MORIN
Oui, mais enfin et aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… sur les mouvements de troupes rebelles.

HERVE MORIN
Et aussi de faire en sorte que les 2 000 ressortissants français et étrangers qui se situaient à N’Djamena puissent être exfiltrés et puissent éventuellement retrouver leur pays d’origine en tout sécurité. Et là, les soldats français, permettez-moi de vous le dire, ont fait un boulot exceptionnel au péril de leur vie. Ils l’ont fait avec professionnalisme, ils l’ont fait avec sang-froid, et je crois que… Je veux dire, sur l’affaire tchadienne, je crois que la France a géré cette affaire parfaitement, et d’ailleurs quand vous en discutez, j’étais la semaine dernière avec mes collègues ministres de la Défense de l’Union européenne, tous disent, « la France a géré cette affaire avec un doigté exceptionnel », c’est-à-dire que nous avons impliqué nos accords de coopération militaire, nous avons soutenu dans le cadre de cet accord le régime légitime du Tchad, permettez-moi de vous indiquer que ce régime légitime du Tchad…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… même s’il est dictatorial !

HERVE MORIN
… ça n’est pas la France qui le dit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr !

HERVE MORIN
C’est aussi l’Union africaine et c’est aussi les Nations unies. Et enfin, dernière chose que j’avais oublié sur ce qu’a obtenu le Président de la République dans le cadre des discussions avec le président DEBY, hier, c’est aussi la mise en œuvre d’un processus politique qui avait commencé en août 2007 et qui va être repris. Processus qui doit permettre à la majorité tout du moins, et à l’opposition de se retrouver autour d’une table pour que le processus démocratique puisse reprendre son cours. Donc, le bilan est largement positif.
( …/…)

JEAN-JACQUES BOURDIN
L’armée, l’armée française. Est-ce que vous allez fermer des casernes ?

HERVE MORIN
Ca ne se résume pas à fermer des casernes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… oui, mais alors là ma question est précise, là, Hervé MORIN.

HERVE MORIN
Oui, mais moi je vais y répondre autrement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ah ben oui, oui !

HERVE MORIN
Je vais y répondre autrement en vous expliquant que nous sommes sur un très gros travail qui est d’une part le livre blanc, livre blanc sur la défense qui est l’analyse des risques, l’analyse des menaces, l’analyse de nos intérêts, les moyens militaires que nous devons mettre en face de tout cela. Nous avons par ailleurs un travail qui cherche à faire en sorte que nous puissions dégager les marges de manœuvre pour financer la totalité des équipements qui sont en cours de renouvellement dans l’armée française, nos bateaux, nous sous-marins, nos avions, bref, nos blindés ou une partie des blindés. Donc, nous avons un énorme effort d’équipement à réaliser qui a été commencé sous la précédente mandature et qui doit être poursuivi durant cette mandature. Et enfin, nous avons une réorganisation du ministère pour faire en sorte qu’on soit plus inter armisé, qu’on mutualise les moyens, qu’on supprime les doublons, les duplications, bref qu’on ait un système plus dense.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous voulez réorganiser, bref.

HERVE MORIN
On a un immense chantier de réorganisation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C’est ce que j’ai compris.

HERVE MORIN
Dont le symbole sera notamment d’avoir un Pentagone à la française tout près de chez vous, à Ballard, où seront réunis tous les grands chefs militaires autour du ministre pour faire en sorte que nous travaillons plus ensemble.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, alors est-ce que vous allez, je vous repose ma question ?

HERVE MORIN
Alors, dans le cadre de ce livre blanc, bien entendu la menace…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… certaines casernes seront fermées.

HERVE MORIN
La menace n’est la même aujourd’hui qu’hier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des regroupements régionaux.

HERVE MORIN
Oui, il y aura des regroupements régionaux, oui, dès lors qu’on mutualise on essaiera de faire en sorte qu’un certain nombre de services soient communs à tous les régiments.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, certaines casernes seront fermées, mais le disons-le franchement.

HERVE MORIN
Mais, laissez-moi vous expliquer un certain nombre de choses. Dès lors qu’on estime que la menace change, la défense doit s’adapter en permanence.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça, on est d’accord, ça on a compris.

HERVE MORIN
La défense doit se moderniser en permanence pour conserver ce pourquoi elle est faite, c’est-à-dire assurer la sécurité et la souveraineté du pays et la défense de ses intérêts. Dès lors, quand vous estimez par exemple que aujourd’hui dans le monde du 21e siècle il faut connaître, il faut pouvoir anticiper pour pouvoir nous défendre ensuite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr !

HERVE MORIN
Analyser, par exemple, l’état de la prolifération nucléaire, et donc faire des efforts en termes de satellites.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est-à-dire que vous avez lancer des satellites, plus de satellites espions.

HERVE MORIN
Et qu’en même temps, on a la chute du Mur du Berlin et qu’il n’y a plus le pacte de Varsovie, vous voyez bien qu’à priori on a plutôt besoin de moins de blindés et probablement plus de moyens d’observation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et de moins d’armée de terre, d’infanterie.

HERVE MORIN
Peut-être de moins d’artillerie, bon, et qu’on a besoin de plus forces spéciales, etc.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça, on le comprend très très bien.

HERVE MORIN
Non, mais je veux expliquer les choses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais j’ai compris, Hervé MORIN.

HERVE MORIN
Comprendre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… donc, vous allez regrouper des casernes, on est bien d’accord.

HERVE MORIN
On va essayer de densifier les garnisons, des régiments d’une part, faire en sorte que les soutiens et l’administration générale de ces régiments soient communs pour qu’on puisse faire des économies d’échelle pour dégager les marges de manœuvre dont nos armées ont besoin pour une bonne disponibilité du matériel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, donc vous allez regrouper des casernes, effectivement, pour rendre l’armée plus efficace, plus mobilisable.

HERVE MORIN
Et pour l’adapter aux menaces de demain.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour l’adapter aux menaces de demain, on est bien d’accord.

HERVE MORIN
On a connu dans l’histoire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… donc, des militaires vont être mutés…

HERVE MORIN
… laissez-moi finir ! On a connu dans l’histoire du pays un certain nombre de fois où nous n’avons pas fait les adaptations dont la défense avait besoin. Je vous rappelle qu’il y a un homme qui s’appelait le Général de gaulle, qui a écrit un livre qui s’appelait, « Le fil de l’épée », et qui disait « on est en train de se tromper avec la ligne Maginot », et on a vu le conséquences. Donc, pour un ministre de la Défense il y a une priorité, et pour le Chef des armées qui est le Président de la République aussi, c’est de faire en sorte qu’en permanence notre système de défense soit adapté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… on l’adapte, évidemment.

HERVE MORIN
… aux menaces et aux risques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C’est normal ! Mais alors, Hervé MORIN, les militaires qui vont devoir quitter leur caserne, qui vont être mutés, seront-ils indemnisés ?

HERVE MORIN
Les militaires entre le moment venu, quand les décisions seront prises et après les analyses du livre blanc, il y aura au moins deux ans, trois ans ou quatre ans entre le moment de la décision du regroupement de telle ou telle unité et sa mise en œuvre parce que bien entendu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… donc, ils seront indemnisés.

HERVE MORIN
Non, il n’y pas d’indemnisation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… s’ils sont appelés à bouger.

HERVE MORIN
Non, il n’y a pas d’indemnisation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, il n’y aura pas d’indemnisation.

HERVE MORIN
En revanche, nous avons engagé, puisque vous parlez pouvoir d’achat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… moi, je sais qu’à Agen, dans tous les cas, à Agen, la caserne restera, ça vous avez déjà promis.

HERVE MORIN
Non, je n’ai pas promis, il y a un certain…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… c’est-à-dire que vous faites comme Rachida DATI, vous avez des amis à droite ou à gauche pour la carte judiciaire.

HERVE MORIN
Non, c’est pas ça le sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C’est-à-dire qu’à Agen c’est votre copain, hop, on garde la caserne.

HERVE MORIN
Absolument pas !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, c’est pas ça, non ?

HERVE MORIN
Non !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il est Nouveau centre quand même le maire d’Agen.

HERVE MORIN
Oui, d’accord, mais je suis allé la semaine dernière, j’ai déjà par exemple indiqué aux élus de Nancy, pour vous donnez une idée, que la base aérienne de Nancy ne fermerait pas, d’Ochey, ne fermerait pas. Pourquoi ? Parce que c’est une des bases stratégiques de l’armée de l’air, et donc il n’y a pas besoin de faire des grands plans sur la comète pour avoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… c’est stratégique que… le régiment d’Agen est stratégique ?

HERVE MORIN
Le régiment de transmission d’Agen est un des très bons régiments de l’Armée de terre, sur lequel nous avons fait des équipements et des investissements considérables, et donc pour l’Armée de terre ça fait partie des piliers de ce qu’on appelle les SIC, c’est-à-dire les systèmes d’information et de communication.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Hervé MORIN est avec nous ce matin sur BFM TV et sur RMC.


JEAN-JACQUES BOURDIN
Hervé MORIN est notre invité. Hervé MORIN, je vous pose encore une question directe sur notre porte-avions, notre futur… enfin futur, second porte-avions. Est-ce que la France va s’engager à construire un second porte-avions ?

HERVE MORIN
Je suis désolé de vous répondre comme cela, mais ça c’est typiquement une décision livre blanc.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous avez un avis sur la question quand même.

HERVE MORIN
Moi, je n’ai pas d’avis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas d’avis ?

HERVE MORIN
Non, je n’ai pas d’avis sur le moment sur la question, j’en ai un et quand je l’ai je le dis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
3,5 milliards, 4 milliards ça coûte.

HERVE MORIN
Oui, ça coûte entre 3,5 milliards et 4 milliards, l’estimation c’est 3,8 milliards d’euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca fait 4 milliards, quoi.

HERVE MORIN
La question est simple, c’est un bon groupe aéronaval c’est un système de projection de puissance, c’est un instrument diplomatique important. Projection de puissance qu’on peut réaliser à travers un porte-avions et qu’on peut réaliser aussi par d’autres moyens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autrement.

HERVE MORIN
Et donc, la question est de savoir dès lors qu’on en a construit un, est-ce qu’on se prive d’un porte-avions sur un certain nombre de mois ou d’années lorsque le Charles de Gaulle est en IPER, c’est-à-dire en réparation….

JEAN-JACQUES BOURDIN
… mais est-ce que c’est un investissement nécessaire, franchement, 4 milliards d’euros compte tenu des finances publiques, franchement ?

HERVE MORIN
C’est pour ça que c’est un arbitrage à effectuer entre les différents moyens de projection de puissance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous, si vous aviez à arbitrer, vous diriez quoi ?

HERVE MORIN
Mais moi, je n’ai rien à dire pour le moment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais, vous êtes extraordinaire alors !

HERVE MORIN
Non, non, excusez-moi de vous dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… vous n’avez aucune idée sur la question, vraiment vous êtes ministre de la Défense mais moi, je ne sais pas.

HERVE MORIN
Je suis membre d’un gouvernement qui est en train de faire un exercice qui s’appelle le livre blanc.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi chaque fois que vous parlez, vous, membres du gouvernement, on vous tape sur les doigts si vous dites trop de choses ?

HERVE MORIN
Non, parce que c’est une discussion qui est en cours, qui est une réflexion très importante de comment la France réalise la projection de puissance dont elle a besoin, quels sont les instruments diplomatiques…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… ah oui, on a compris, c’est pour ça que les français ont envie de savoir quelle est l’avis du ministre de la Défense sur un futur porte-avions qui coûte 4 milliards d’euros, je le rappelle.

HERVE MORIN
Ils sauront le moment venu, c’est-à-dire dans un mois et demi ou deux mois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon ! Est-ce que c’est raisonnable, franchement ?

HERVE MORIN
Il faut voir un peu dans quelle situation budgétaire nous sommes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh oui !

HERVE MORIN
Et nous avons besoin compte tenu de l’ensemble des programmes dont je parlais tout à l’heure d’environ 2 milliards à 2,5 milliards d’euros dès l’année prochaine supplémentaires, c’est-à-dire qu’on consacre 16 milliards d’euros à l’investissement, à l’équipement de nos forces, il faudrait qu’on passe à 18…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… on en a besoin, hein !

HERVE MORIN
… il faudrait qu’on passe à 18, à 19 milliards. Et je dis d’ailleurs aux militaires, quand j’étais à Agen encore avant-hier, je leur dis, vous comprenez bien que nous sommes obligés de faire des efforts, que nous allons être obligés de nous restructurer en partie, parce que vous comprenez bien qu’il n’y a aucun gouvernement, aucun citoyen, qui n’accepterait l’idée que l’année prochaine, en 2009, pour le budget 2009, le Premier ministre ou le Président de la République vienne devant les Français et dise « la totalité des moyens budgétaire nouveaux que nous avons nous les consacrons à notre défense ». Et donc, dans…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… budget, 37 milliards d’euros par an, il faut le savoir.

HERVE MORIN
Oui, ça dépend…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A peu près, à peu près.

HERVE MORIN
La mission défense c’est 31 milliards. 16 milliards d’euros pour l’équipement et dans ces 16 milliards même si on peut, éventuellement, se dire qu’il faudrait qu’on fasse un effort pour passer cette bosse, cette marche que nous avons à effectuer, il faut aussi que nous fassions un certain nombre d’efforts de réorganisation pour dégager ces marges de manœuvre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, parce que les hélicoptères ont 30-40 ans, moyenne d’âge, les avions Transall sont dans le même état, 40 ans au compteur, je ne parle même pas des véhicules avant blindés, « le matériel le plus pourri en Europe », ce sont les officiers qui disent ça.

HERVE MORIN
Oui, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… mais, oui, si !

HERVE MORIN
Oui, d’accord, c’est un très vieux matériel, en effet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, très vieux, oui, vraiment très vieux.

HERVE MORIN
Mais c’est un matériel extrêmement efficace et c’est grâce au VAP, au véhicule avant blindé, par exemple, qu’on a pu sauver et extraire la totalité des ressortissants français et étrangers au Tchad sans qu’il y ait le moindre pépin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et nos hélicoptères, il a 50 % qui sont à terre parce qu’ils ne fonctionnent pas, HS.

HERVE MORIN
Il faut avoir en tête que sur la disponibilité du matériel, même les armées les plus puissantes du monde et les plus… pour lesquelles on consacre plus d’argent, je pense à l’armée américaine, il y a toujours un taux de disponibilité qui n’est jamais de 70 ou 80 %. Quand on est à des taux de disponibilité pour, je parle pour le matériel aéronautique, de 50, 60 %, c’est plutôt pas mal. Ca devient plus inquiétant quand on baisse, et c’est vrai que pour l’instant on a des taux de disponibilité pour certains matériels très vieux qui sont… voilà, qui sont moins meilleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J’ai quatre questions précises, Hervé MORIN. La solde des militaires, est-ce que ça va être augmentée ?

HERVE MORIN
Oui, vous voyez je vous réponds.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ! Combien ?

HERVE MORIN
On a fait, j’explique un peu, excusez-moi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais, non mais, mais expliquez !

HERVE MORIN
Michèle ALLIOT-MARIE avait pris un engagement en février 2007 à la suite d’un rapport, le rapport c’est le rapport du Haut comité d’évaluation de la condition militaire. Ce rapport avait indiqué qu’il y avait un décrochage entre les militaires et ce qu’on appelle les fonctionnaires en tenue, c’est-à-dire les policiers et les gardiens de prison. Ce rapport concluait qu’il fallait faire un effort budgétaire d’environ 350 millions d’euros, ça n’est pas rien. Nous avons, quand je suis arrivé au ministère, pour faire cet effort nous avons besoin de modifier tous les statuts particuliers des militaires, sauf pour les militaires du rang et les sergents de début de carrière. Nous avons fait cet effort pour les militaires du rang et les sergents en début de carrière…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… combien en pourcentage c’était ?

HERVE MORIN
Alors, c’est très compliqué parce qu’il y a le nombre d’enfants, si vous avez machin, etc., bon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En moyenne ?

HERVE MORIN
Je vais vous prendre un chiffre, pour un caporal ayant trois ans de métier, ça représente à peu près 600 à 700 € de plus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… par an.

HERVE MORIN
… oui, bien sûr, c’est-à-dire un demi mois de salaire, un peu plus d’un demi moi de salaire en plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah non, oui, non ça ne fait pas… 600 €/an, ça fait pas un demi mois de salaire en plus, non ?

HERVE MORIN
Oui, parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… 600 €/an, oui, sur l’année.

HERVE MORIN
Oui, sur l’année, oui, bien sûr. Pour un caporal chef ça représente, de trois ans d’expérience, 800, en province.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Compte tenu de l’inflation…

HERVE MORIN
… attendez, laissez-moi finir. Donc, ça, on a fait les militaires du rang parce qu’on n’avait pas besoin de modifier les textes. Le Premier ministre a donné son accord pour qu’on modifie tous les textes. Donc, dans le budget 2009, nous ferons une deuxième étape pour les sous-officiers et les officiers. Ce qu’il faut c’est que, bien entendu, que cet effort budgétaire important soit fiancé en partie par l’effort que nous allons réaliser. Et si nous avons pu faire ce plan pour les militaires du rang c’est parce que nous avons supprimé un certain nombre de postes, et donc il faudra continuer sur cette voie-là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il y a 6 000 militaires qui ne sont pas remplacés, qui partent à la retraite chaque année.

HERVE MORIN
C’est l’idée de fonctionnaires ou d’agents de l’Etat moins nombreux mais mieux payés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu’on va déployer de nouvelles troupes en Afghanistan ?

HERVE MORIN
Il n’y a aucune…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… oui/non ?

HERVE MORIN
Non, il n’y a aucune décision de prise. Ce qu’il faut savoir c’est que la solution en Afghanistan n’est pas seulement militaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui.

HERVE MORIN
Il faut qu’il y ait un vaste plan de reconstruction, un vaste plan de développement, par exemple comme vous le savez probablement 93 % de la production de l’exportation d’opium dans le monde vient d’Afghanistan.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça je connais.

HERVE MORIN
Et donc, il faut qu’on ait des efforts de développement, des efforts d’infrastructures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, pas de nouvelle troupe française en Afghanistan.

HERVE MORIN
Il n’y a pas de décision de prise. Le Président de la République souhaite que, un, d’une part, il y ait un débat avec l’ensemble des alliés sur la politique menée en Afghanistan qui ne peut pas se résoudre seulement à une décision militaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Autre question précise, est-ce qu’on va diminuer le nombre de soldats français présents sur le continent africain ?

HERVE MORIN
Ca, c’est un exercice qui est mené aussi dans le cadre du livre blanc.

JEAN-JACQUES BOURDIN
9 000 hommes en Afrique.

HERVE MORIN
Oui, entre 8 et 9 000 hommes, ça dépend des moments.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, on va baisser le nombre de ces hommes ?

HERVE MORIN
Nous avons décidé un nouveau déploiement à Abou Dhabi dans cette zone stratégique de 400 hommes qui va permettre de mettre une base interarmée qui va soutenir l’ensemble des militaires qui viennent sur la zone. C’est un signe important de l’implication de la France dans une zone géostratégique majeure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tiens, je m’arrête juste, je reviendrai sur l’Afrique, sur Abou Dhabi, imaginons qu’il y ait une guerre avec l’Iran, on est automatiquement en guerre, si j’ai bien compris. On est engagés dans le conflit.

HERVE MORIN
Il y a un accord de défense signé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… donc, on est engagés dans le conflit.

HERVE MORIN
.. signé à l’époque où François Mitterrand était président de la République, où Edouard BALLADUR était Premier ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On n’a jamais eu de base jusqu’à maintenant.

HERVE MORIN
Oui, mais l’accord de défense nous lie considérablement et c’est aussi une application de cet accord de défense.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, on est allé un peu plus loin.

HERVE MORIN
Par ailleurs, ce que la France souhaite faire à travers notre présence à Abou Dhabi, c’est s’impliquer dans un régime qui a décidé de lier Islam et modernité. Et donc, il y a là un message extrêmement fort que la France effectue. Quant au reste de l’Afrique, vous attendrez quelques heures puisque le Président de la République va prononcer un discours en Afrique du Sud où il évoquera ces sujets.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Où il évoquera le départ de certains soldats français du continent africain.

HERVE MORIN
Non, c’est pas aussi simple que ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un redéploiement, quoi ! Un redéploiement, c’est le mot.

HERVE MORIN
Vous verrez ce que dira le Président de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon !

HERVE MORIN
Par ailleurs, il y a au moins…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… vous ne voulez pas me dire grand-chose, dites-moi, Hervé MORIN.

HERVE MORIN
Mais non, je ne vais pas… chacun sa place.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne voulez pas parler avant le Président de la République, quoi, oui, oui, si j’ai bien compris.

HERVE MORIN
Par ailleurs, il y a aussi une nécessité absolue, c’est que l’Europe soit plus présente en Afrique, ça fait partie des souhaits de la France, il faut que l’Europe s’implique et elle s’implique beaucoup en termes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
… les soldats français remplacés par des contingents européens.

HERVE MORIN
Non, qu’elle s’implique beaucoup en termes de développement, vous savez que l’Europe est la première institution en termes d’aide au développement dans le monde, et il faut qu’en même temps nous fassions un énorme effort de formation et d’équipement des organisations africaines pour que ces organisations africaines prennent en main la stabilité du continent africain. Ca, c’est fait partie des choses qu’il faudrait faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très bien ! Emma STRACK, avec les auditeurs.

EMMA STRACK
Justement, vous évoquez l’Europe, cette question de Claude, « Où on est l’idée d’une armée européenne ? ».

HERVE MORIN
Armée européenne, c’est une belle idée mais ça n’est pas une idée pour demain. L’idée c’est plutôt de faire en sorte que à partir de contingents nationaux, parce que l’idée d’armée européenne ça voudrait dire qu’il faut un chef, quelqu’un qui décide au nom de cette armée européenne. L’idée que nous défendons notamment c’est de faire en sorte que un certain nombre d’unités européennes qui sont constituées d’éléments d’unités nationales, je pense par exemple au corps européen qui nous lie à un certain nombre d’autres pays, que ce corps européens soit dédié plus fortement aux décisions que prend l’Europe lorsque l’Europe décide de s’engager. Je prends un exemple, nous avons décidé, l’Europe a décidé de faire une opération au Tchad et en République centrafricaine dans le cadre de la crise du Darfour, eh bien il faudrait faire en sorte que ces organisations de forces, j’essaie de parler en mots simples, ces organisations de forces qui existent en Europe, eh bien on les dédie aux décisions politiques que prend l’Union européenne lorsqu’elle décide de s’engager dans tel ou tel endroit. C’est ça plutôt l’idée.

EMMA STRACK
Cette question de Jacques pour vous, « Le rôle des militaires c’est avant tout la défense ou le volet humanitaire ? ».

HERVE MORIN
Le rôle des militaires c’est bien entendu d’abord et avant tout la défense et la sécurité, mais lorsqu’ils sont chargés d’assurer la sécurité ou la stabilité d’une région ils ont souvent un rôle humanitaire extraordinaire. C’est ça qui est terrible, qu’on n’arrive pas à faire passer chez les Français, je vous le dis parce que ça pourrait faire l’objet d’une belle émission, c’est l’idée que chez les militaires il y a la rigueur et à la rigueur il y a la générosité. Il y a l’un et l’autre. Et c’est quelque chose qu’on vit énormément quand on est en opération extérieure. On voit des hommes, des légionnaires, des paras, des hommes à qui on a donné les meilleures formations, qui sont des militaires exceptionnels, et qui en même temps sont capables d’avoir cette générosité, cette protection des populations, de donner d’eux-mêmes pour refaire des écoles quand les écoles ont été détruites, aller chercher des populations pour les faire soigner. Bref, il y a l’un et il y a l’autre, et on le fait, je dois dire, plutôt mieux que les autres, en général.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien ! Hervé MORIN, merci, merci d’être venu nous voir, ministre de la Défense.

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