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30.01.2008 : Hervé Morin invité de la matinale de Canal +

 10 Ko BRUCE TOUSSAINT
Notre invité c’est Herve MORIN, Caroline.

CAROLINE ROUX
Herve MORIN ministre de la Défense et patron du Nouveau centre. Il a dans ses cartons une réforme de la carte militaire mais les arbitrages sur les fermetures de casernes ne seront pas rendus avant les municipales, histoire d’épargner des élus UMP déjà à cran. Les militaires paieront un lourd tribut dans le cadre de la réforme de l’Etat mais Herve MORIN peut dormir sur ses deux oreilles. Les militaires ne sont pas du genre à manifester. Depuis hier 200 d’entre eux sont en partance pour le Tchad. Bonjour.

BRUCE TOUSSAINT
Bonjour Herve MORIN.

HERVE MORIN
Bonjour.

BRUCE TOUSSAINT
Merci d’être avec nous ce matin, pas pour le ministre de la Défense mais pour le patron du Nouveau centre. Est-ce que vous vous joignez au concert de reproches sur LA SOCIETE GENERALE et est-ce que vous demandez, vous aussi, la démission de Daniel BOUTON ?

HERVE MORIN
Je n’ai pas demandé la démission de Daniel BOUTON. Ce qu’il faut c’est que nous sachions précisément ce qui s’est passé et qu’en fonction de ce qui s’est réellement passé, des défaillances du système, qu’on soit dans un système responsable.
On a souvent tendance à considérer que le système public, lui, aurait des dirigeants qui en, général d’écarteraient et s’éviteraient des responsabilités. On nous explique souvent avec doctes théorèmes souvent émanant du privé que dans le privé, il y a des hommes responsables etc. Donc il faut que simplement il y ait le moment venu, les responsabilités.
Je ne cherche pas à porter le fer sur telle ou telle personne, ce qu’il faut c’est qu’on sache précisément quelles ont été les défaillances du système pour qu’il y ait des responsabilités ensuite. Ca me parait naturel.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous dites comme François FILLON, LA SOCIETE GENERALE doit rester française ?

HERVE MORIN
Si elle reste française c’est mieux. Qu’elle soit au moins européenne pour l’Européen convaincu que je suis. On a créé un marché unique, que ce soit au moins dans le cadre européen, ça me semble la moindre des choses en effet et si c’est français c’est encore mieux.

CAROLINE ROUX
Alors vous pouvez remettre votre casquette de ministre de la Défense, ce n'est pas une casquette, ça ne s’appelle pas comme ça je crois, mais bon.

LEON MERCADET
Képi.

CAROLINE ROUX
Un képi. Alors est-ce que c’est vrai que votre portable n’arrête pas de sonner, les élus UMP sont inquiets sur la fermeture des bases militaires ?

HERVE MORIN
Non très honnêtement, j’ai eu en effet quelques coups de fil mais j’ai souvent des coups de fil face à des informations qui sont totalement erronées, qui n’ont pas été vérifiées.
La semaine dernière on annonce la fermeture par exemple de la base aérienne de Nancy qui est une des bases stratégiques de l’armée de l’air. Donc j’ai eu Nadine MORANO, députée UMP, qui m’appelle en me disant, on m’annonce ça ce matin. Ca ne correspondait absolument à rien. J’étais lundi moi-même prononcer mes vœux au personnel civil de la Défense, ce qui était une première. Je suis allé à Tours et le matin sur des radios locales, on annonçait que je venais à Tours pour fermer la base aérienne de Tours.

CAROLINE ROUX
Ca révèle qu’il y a une inquiétude. Est-ce que c’est une réforme, enfin en tous cas, oui une réforme que vous considérez comme délicate ?

HERVE MORIN
C’est bien entendu une réforme délicate. Il ne s’agit pas d’une réforme non plus qui est aussi lourde que celle que nous avons connue pour la professionnalisation où, en 96, on avait fermé...

CAROLINE ROUX
Là il s’agit de la carte militaire.

HERVE MORIN
... un régiment sur deux. L’idée de la réforme elle sera liée bien entendu à l’expression du Livre blanc, c'est-à-dire la stratégie de la France en terme de sécurité à l’horizon de 15 ans. Et l’idée de la réforme, elle est double.
La première c’est de faire en sorte qu’aujourd’hui nous avons des systèmes trop en tuyau d’orgue où le soutien et l’administration générale au profit des forces, se fait armée par armée. Des services de l’armée de terre au profit de l’armée de terre. De l’armée de l’air au profit de l’armée de l’air et la même chose pour la marine. Ce que je souhaite c’est que tous ces services qu’on appelle de soutien et d’administration générale, c'est-à-dire pour ceux qui ne seraient pas militaires comme vous, l’habillement, la restauration, le matériel. Qu’à chaque fois que ces matériels soient communs à l’armée de terre et aux autres armées, que ce service soit commun. Un. Premier point.
Et le second élément extrêmement important, c’est qu’il faut tirer les conséquences de l’évolution des risques et de la menace. Je prends une seule conclusion à peu près évidente qui sera celle de probablement, du Livre blanc. Nous avons des risques liés à la prolifération nucléaire, nous avons des risques liés à des réseaux terroristes. Il est évident que nous avons une obligation absolue, c’est d’avoir des systèmes de renseignement et d’observation qui nous permettent d’anticiper et éventuellement d’agir pour, et donc il nous faut connaître sur la surface de la planète, ce qui se passe et ce qui se passe qui pourrait avoir des conséquences en terme de sécurité pour notre pays ou pour nos concitoyens. Et c’est évident que ce système-la impose d’avoir les investissements nécessaires en matière d’observation et de renseignement et qu’en revanche, le pacte de Varsovie étant tombé, on a probablement besoin d’un peu moins d’équipements liés à des combats classiques centre européens.

BRUCE TOUSSAINT
Ca c’est la raison du changement. Maintenant il y a une inquiétude, elle est relayée d’ailleurs ce matin par de très nombreux mails qu’on reçoit des téléspectateurs de la Matinale qui nous écrivent pour nous dire qu’ils sont, effectivement, très préoccupés par la situation. Qu’est-ce que vous pouvez dire ce matin ? Quand on dit par exemple il y a 35 000 postes qui vont être supprimés, qu’est-ce que vous pouvez dire pour rassurer ceux qui sont concernés ?

HERVE MORIN
L’effort qu’on demande aux armées est l’effort qu’on demande à l’ensemble du système public. On a, le Premier ministre a indiqué qu’il souhaitait qu’on ne remplace pas un départ à la retraite sur deux. Chez nous ça représente 6000 personnes pour tous ceux qui ont plus de 15 ans de service.

CAROLINE ROUX
Par an, sur 5 ans.

HERVE MORIN
Par 5, ça fait 30. Si on en fait un petit peu plus tant mieux. Il y a pas d’objectif quantitatif, il y a la volonté de faire en sorte qu’on dédie l’ensemble des crédits que nous mettons, c'est-à-dire des 37 milliards d’euros que nous mettons dans la Défense, à ce qui doit être la priorité, c’est notre capacité de défense. C'est-à-dire les forces opérationnelles. C’est cela l’objectif majeur.

CAROLINE ROUX
Qu’est-ce que vous dites aux élus UMP pour qui c’est une...

HERVE MORIN
J’ajoute une chose très importante excusez-moi. J’ajoute quelque chose de très important. Bien entendu nous aurons des décisions qui auront des conséquences en terme de vie, de villes, de communes, de régions. On peut d’ailleurs tout à fait, dans le cadre de mesures de restructuration, il y aura des choses qu’on amènera sur les territoires.
Mon idée est de faire en sorte que si cela est possible, de faire en sorte que nous ayons un certain nombre de services qui sont centralisés à Paris, qui puissent être déconcentrés parce qu’ils n’ont pas forcément besoin d’être à Paris. Et pour le personnel qui a des niveaux de rémunération faibles, aller vivre en province, c’est des conditions de vie, des conditions de logements plus faciles. On verra ce qu’on fait.
Mais j’ajoute une chose. En tant que ministre de la Défense et le président de la République en tant que chef des armées, on a une seule chose, nous sommes là pour faire en sorte que notre pays soit en mesure d’assurer sa souveraineté, son indépendance et sa sécurité.

CAROLINE ROUX
Ca vous ne pouvez pas dire le contraire.

HERVE MORIN
Non mais je vous assure. Si on ne le faisait pas, ce serait un manquement important.

CAROLINE ROUX
Juste un mot Herve MORIN, les militaires sont inquiets. Je vous coupe parce que sinon vous êtes parti là jusque...

HERVE MORIN
Non mais ce serait un manquement grave. Les Français ils demandent à leur Défense d’assurer leur souveraineté, leur sécurité et de faire en sorte que par exemple leur voie d’approvisionnement soit assurée sur le moyen terme.

CAROLINE ROUX
Bien entendu, vous ne pouvez pas dire le contraire. Alors les militaires ils ne peuvent pas parler, les politiques peuvent le faire et ils vous disent, il y a une inquiétude qui s’exprime d’ailleurs de la part des militaires.

HERVE MORIN
Oui je l’entends.

CAROLINE ROUX
Qui ne veulent pas forcément déménager, qui se sont installés etc. Est-ce que vous leur dites un, ce sera pas fait comme Rachida DATI et la réforme de la carte judiciaire, ce sera fait dans la concertation avec les élus ?

HERVE MORIN
J’ai d’ores et déjà dit aux élus qui sont venus me voir que...

CAROLINE ROUX
Mais d’une manière générale à tous ceux qui vous regardent peut-être ce matin ?

HERVE MORIN
J’ai déjà eu l’occasion de dire que je suis moi-même élu local, je suis maire, je suis président d’une communauté de communes et je sais ce que ça peut représenter.
J’ai d’ores et déjà indiqué que nous ferions en sorte qu’à partir du moment où nous aurions travaillé et que le Lire blanc sera rendu puisque les décisions ne seront pas prises avant le mois de juin, que dès lors qu’on aura les premiers, la première esquisse de ce que pourrait être la réforme que nous mènerions, que j’essayerai de faire en sorte de mettre autour de la table l’ensemble des élus, des collectivités locales, des chambres de commerce sur les sites majeurs pour lesquels il pourrait y avoir des soucis.

CAROLINE ROUX
Les décisions seront prises avec eux ?

HERVE MORIN
Pas avec eux, les décisions elles seront prises parce qu’il s’agit de la Défense, elles seront prise par l’Etat mais qu’après il y ait une phase de discussion et de concertation pour voir quels sont les investissements qu’on peut effectuer. Les reconversions.

CAROLINE ROUX
Les compensations en fait, c’est ça ? Vous leur dites on prendra la décision et on vous donnera des compensations ?

HERVE MORIN
On essayera de voir ce qu’on peut faire. Mais je vais vous donner un seul exemple. Je suis allé inaugurer il y a peu de temps la base nature François LEOTARD à Fréjus. Base nature qui a été liée à la fermeture de la base aéronavale de Fréjus. Lorsqu’elle a été fermée, c’était un traumatisme pour la ville de Fréjus. 15 ans plus tard, c’est considéré par la ville de Fréjus comme une immense chance parce qu’on y a fait des équipements socioculturels, parce qu’on a reconquit le littoral, parce qu’on en a fait un lieu de sports. Donc voilà, on peut accompagner une reconversion.

LEON MERCADET
Mais enfin il y a bien des bases qui v ont être fermées, c’est ça ?

HERVE MORIN
On a moins d’avions de combat par exemple, on fait venir le Rafale qui est un avion multi rôle qui permet d’avoir moins d’avions en ligne. Il est évident qu’il y aura des conséquences, il ne faut pas s’en cacher.

CAROLINE ROUX
Très vite, un autre sujet, la solde, les salaires, Nicolas SARKOZY, pendant sa campagne, s’était engagé, il disait : je poserai la question de la revalorisation de leurs traitements donc de militaires, à commencer par les indemnités pour charges militaires. Où est-ce que ça en est, notamment en ce qui concerne les gendarmes ?

HERVE MORIN
D’abord, Michèle ALLIOT-MARIE, mon prédécesseur, s’était engagée à mettre en œuvre ce qu’on appelait le plan lié au rapport du Haut comité d’évaluation de la condition militaire, qui avait démontré un décrochage entre les militaires et ce qu’on appelle les fonctionnaires en tenue, c’est-à-dire, policiers et gardiens de prison. Cet engagement, j’ai fait en sorte que, pour la première année, nous ayons un plan de revalorisation de 102 millions d’euros. Ce fut un arbitrage du Premier ministre.
Ce plan-là, jamais autant d’argent n’a été mis pour la revalorisation de la condition militaire depuis dix à quinze ans. Ce plan-là, nous allons le mettre en œuvre, aussi rapidement que possible, mais vous voyez que ça ne peut pas se faire comme ça. Ça peut se faire aussi parce que nous aurons fait des efforts, qui nous permettront de dégager des crédits pour faire ce plan, mais ce plan-là, nous allons le mettre en œuvre rapidement. Nous avons déjà fait un bout du chemin pour les militaires du rang, les gendarmes et les sergents.

BRUCE TOUSSAINT
La question…

LEON MERCADET
… Pour les fonctionnaires, on réduit les effectifs pour augmenter ceux qui restent ?

BRUCE TOUSSAINT
La question de Léon…

LEON MERCADET
En somme, en principe ?

HERVE MORIN
C’est le même principe, en effet.

BRUCE TOUSSAINT
Bon, la question de Léon.

LEON MERCADET
Oui, on parle donc d’économies pour l’armée, maintenant, vous venez d’annoncer, il y a quelques semaines, que nous allions ouvrir une grande base à Abou Dhabi, dans le Golfe, donc face à l’Iran, qui n’est pas notre ami du tout. Combien ça coûte une base comme ça dans le Golfe ?

HERVE MORIN
La base sera équipée par les Emirats arabes unis. Donc ce n’est pas nous qui faisons l’investissement.

BRUCE TOUSSAINT
On est locataire ?

HERVE MORIN
On est…

BRUCE TOUSSAINT
D’une certaine façon…

HERVE MORIN
Je trouve que le mot est un peu déplaisant, mais ce n’est pas… Nous y serons installés. Nous allons y mettre environ 400 hommes, qui assureront d’abord le soutien de l’ensemble des militaires français qui sont dans la région ou des escales, faites par la marine nationale, il faut savoir qu’il y a à peu près cinquante bâtiments, cinquante escales par an de bâtiments de la marine nationale. Nous avons beaucoup d’exercices militaires.
Pour vous donner un exemple, nous avons près de cent militaires en permanence dans les armées émiraties, ça, c’est une première chose. Bien entendu, il y a à travers cela une décision qui a une portée et qui a un sens. D’une part, c’est la conséquence d’un accord de défense, qui a été signé en janvier 1995, accord de défense qui nous lie considérablement aux Emirats arabes unis. Et enfin, c’est la volonté pour la France de faire un partenariat stratégique avec ce pays, qui est celui qui probablement démontre que Islam et modernité, ça peut aller ensemble. Vous savez que nous avons des partenariats…

LEON MERCADET
Hervé MORIN, excusez-moi de vous couper, mais comme vous ne répondez pas à la question, j’en déduis que ça ne coûte rien, mais je n’y crois pas trop que ça ne coûte rien.

HERVE MORIN
Ça coûte les hommes qui seront sur place. Mais ça ne coûte rien en investissement.

LEON MERCADET
D’accord.

BRUCE TOUSSAINT
Nous passons au "j’aime/j’aime pas".

CAROLINE ROUX
J’aime/j’aime pas le retour du lundi de Pentecôte férié ?

HERVE MORIN
Ecoutez, moi, j’avais défendu la suppression du jour férié, parce que c’est moi qui ai fait le… c’est moi qui étais le porte-parole de l’UDF sur ce texte. Et j’avais dit : cette histoire de lundi de Pentecôte, c’est idiot, parce que, tout simplement, pour une raison évidente, c’est que, il y a des secteurs économiques pour lesquels c’était pénalisant, et cette idée de fixer un jour pour financer la dépendance, le cinquième risque, enfin, etc., j’ai trouvé que c’était idiot. Et j’avais dit : il faut faire en sorte que ce soit à la carte, à travers la suppression d’un jour de RTT, etc. Et je vois que Xavier BERTRAND fait. Je suis ravi de voir que ce que je démontrais en 2003, qui me valait la risée et l’opprobre du gouvernement à l’époque, est mis en œuvre par Xavier BERTRAND. Je trouve que c’est une très bonne idée parce que c’était la mienne.

BRUCE TOUSSAINT
Bon, j’aime/j’aime pas la baisse…

LEON MERCADET
Ah bon…

HERVE MORIN
Mais oui, je vous assure, vous pouvez reprendre les débats…

BRUCE TOUSSAINT
La baisse spectaculaire de Nicolas SARKOZY dans les sondages ?

HERVE MORIN
Ecoutez, moi…

BRUCE TOUSSAINT
Comment vous l’expliquez ça, alors, vous ?

HERVE MORIN
Je sais une seule chose, c’est que, on ne doit pas s’arrêter aux sondages. L’objectif qui est celui qui a été assigné à travers l’élection de Nicolas SARKOZY, c’est celui de réformer et de faire bouger en profondeur le pays. Le faire bouger et le réformer en profondeur, ça impose… ça provoque forcément des aléas en terme de sondages.
L’objectif, c’est 2012, c’est faire en sorte qu’au bout de cinq ans, la France d’hier et la France de demain soient profondément différentes et adaptées au monde qui bouge et qui change.

BRUCE TOUSSAINT
On s’arrête là. Merci beaucoup Hervé MORIN.

HERVE MORIN
Merci beaucoup.

BRUCE TOUSSAINT
Hervé MORIN, très bonne journée. A bientôt dans "La Matinale". Merci Caroline et Léon.

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