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Compte-rendu du déplacement d'Actions Niger

rédigé par Yaou Ibrahim, chargé de mission à l’ANIYA




Du 22 au 29 août 2006, M. Hervé Morin, député-maire d’Epaignes a entrepris, à la tête d’une délégation composée de onze membres de l’association «Actions Niger», une mission au Niger. L’objectif général de cette mission est d’identifier sur place les actions possibles et envisageables dans le cadre de la création et de la construction d’un partenariat avec une collectivité locale nigérienne en matière de coopération décentralisée, en l’occurrence la commune de Malbaza. En effet M.Morin est Président du groupe d’amitié France – Niger à l’Assemblée Nationale Française et il souhaite marquer cette présidence par des actions concrètes au Niger.
Préparée conjointement par l’Ambassade de France au Niger ; Aniya et le Maire de Malbaza, cette mission s’est déroulée selon le calendrier ci-joint. Elle se résume en trois principales phases :
1. Rencontres institutionnelles et techniques à Niamey
2. Visites de terrain dans la commune de Malbaza
3. Synthèse à Malbaza puis à Niamey.

 30 Ko

De gauche à droite : Hervé Morin en compagnie du maire de Dogondoutchi (village situé entre Niamey et Malbaza), de la Présidente Groupe France Niger et du représentant du RAIL (Réseau d'Appui aux Initiatives Locales)

Déroulé de la mission

L’accueil :

La délégation a été accueillie officiellement et avec tous les honneurs à l’aéroport international Diori Hamani de Niamey par la présidente et quelques membres du groupe d’Amitié Niger-France à l’Assemblée Nationale nigérienne, Madame Hassane Hadiza Gros et le Premier Conseiller de l’Ambassade de France au Niger.
La délégation a été accompagnée sur le terrain à Malbaza par deux membres du groupe d’Amitié Niger-France dont la Présidente, par la député nationale au titre de la région de Tahoua dont dépend administrativement Malbaza et par le Secrétaire général d’Aniya. Elle a été accueillie par le maire et quelques conseillers municipaux de la commune de Malbaza à Konni, ville située à 37 km de Malbaza.

I. Les rencontres institutionnelles à Niamey

a. Elles ont consisté en des entretiens de haut niveau avec des Ministres et des députés ainsi que certains responsables nationaux de programmes sectoriels de développement. Le député-maire d’Epaignes a en effet rencontré le Ministre de l’Intérieur, ceux de la Santé et de l’Education. Il s’est également entretenu avec les Vice-Présidents et les Présidents des groupes parlementaires de l’Assemblée Nationale. Ces entretiens ont eu lieu en présence notamment de l’Ambassadeur de France au Niger ou de son Premier Conseiller. Ils ont porté à la fois sur la situation socio-politique et économique du Niger et sur l’état de la coopération décentralisée franco-nigérienne. M.Morin a insisté sur la nécessité d’une plus grande implication des parlementaires nigériens dans la promotion de la coopération décentralisée. La délégation a eu également des entretiens avec des opérateurs techniques de développement notamment dans le domaine de la santé. Elle s’est entretenue aussi avec l’équipe de coordination de la Cellule Crise Alimentaire du Cabinet du Premier Ministre nigérien.

b. Ces rencontres ont permis à la délégation de mieux cerner le contexte national dans ses diverses orientations politiques et techniques : politique nationale en matière de santé, programme national de développement de l’éducation, les options stratégiques et les avancées en matière de décentralisation, etc.
En conséquence la délégation est mieux outillée pour les visites de terrain.

II. Les visites de terrain à Malbaza

Cinq jours durant, la délégation a sillonné la commune de Malbaza pour rencontrer et échanger avec les populations, visiter des infrastructures socio-économiques (écoles, cases de santé, centre de santé intégré, hôpital, puits, dépôts d’ordures ménagères, marché à bestiaux, marché hebdomadaire, cimenterie, etc.). Elle a également tenu trois rencontres formelles avec le Conseil Municipal de Malbaza en ce laps de temps.
Les temps forts de ces rencontres peuvent s’articuler autour des deux axes de coopération suivants :

Axe de coopération en direction des populations et du développement local

En écoutant les élus et la population que nous avons rencontrés, on peut retenir que pour améliorer les conditions de vie des habitants de la commune de Malbaza, il y a lieu de résoudre ou de contribuer à résoudre les problèmes suivants : accès à l’eau, déficit d’infrastructures scolaires, accès aux soins de santé et enclavement des villages.

Les infrastructures

Dans au moins deux domaines sociaux de base, les infrastructures sont défaillantes voire inexistantes : équipements hydrauliques, écoles primaires pour ne considérer que les compétences communales.

Eau potable
Dans les villages que nous avons visités (sont-ils représentatifs de l’ensemble des villages de la commune ?) on observe des efforts fournis ça et là pour faciliter l’accès à l’eau potable : Tafarkas (2 puits modernes avec margelle mais si situés dans une vallée et très peu profonds : seulement 4 à 5 mètres) ; Chama (1 puits moderne hélas non mis en eau malgré les 33 mètres de profondeur et 1 autre puits donc le fonçage a commencé à moins de 300 mètres) ; Lawey-Gogé (1 puits moderne avec margelle et protection contre les chutes) ; Malbaza-ville (1 adduction d'eau potable et bornes-fontaines de la Société d’exploitation intégrée des eaux (SODEXIE),…)
Mais on constate aussi que la répartition de ces équipements ne permet pas l’accès à l’eau potable à tous. En effet plusieurs villages (quatre à cinq) dans un rayon de 4 à 10 km ne disposent que d'un puits pour l'ensemble de la population et pour l'alimentation du bétail, ce qui dégrade fortement les conditions d'hygiène.
Nous avons appris qu’à Nobi, le programme de mini-adduction d’eau potable par système photovoltaïque (PMAEPS), 9 ACP NIR 017, a projeté de construire une mini-AEP avec onze (11) bornes-fontaines. Il est demandé à la population une participation financière de deux millions cinq cent mille (2,5 millions = 3810 €) soit deux cent cinquante mille (250 000) par borne-fontaine.



Equipements scolaires
A s'en tenir aux seuls équipements pour l'école primaire, la situation est très difficile. Beaucoup de classes que nous avons visitées sont en paillote et ne bénéficient d'aucun équipement (tables, bancs). Du fait des vacances scolaires on n’a pas eu connaissance des supports pédagogiques et fournitures scolaires ni des effectifs des classes. Cependant la rencontre avec le Président du Comité communal de gestion scolaire (COGES) a été hautement éclairante sur la situation de l’école primaire à Malbaza.

Santé
Les centres de santé que nous avons visités présentent des disparités dans leur équipement et leur fonctionnement. Alors qu’à Malbaza, le CSI semble bien équipé grâce à l’appui du croissant lunaire saoudien, animé par une équipe complète et compétente, la case de santé de Lawey-Gogé et de Lawey Kaoura Alassane nous ont paru sous-équipées, animée par des agents de santé communautaires insuffisamment formés et qui n’ont comme soutien technique parfois que leur courage ! Et pourtant ces cases de santé présentent à nos yeux plus de besoins en termes d’appuis en médicaments et d’accompagnement technique, parce que plus proche des habitants de brousse, éloignés du CSI bien équipé de l’agglomération de Malbaza.

Infrastructures routières
Nombre de nos interlocuteurs sont revenus plusieurs fois sur la nécessité de désenclaver les villages et la commune de Malbaza. En effet en saison des pluies notamment, l’accès à beaucoup de villages reste difficile voire impossible. De même le tronçon qui relie directement la ville de Malbaza à la Route Nationale allant sur Tahoua est impraticable. Or cette voie longue de 33 km pourrait constituer un véritable poumon économique pour la commune du fait qu’elle rendrait Malbaza un passage obligé des personnes et des biens venant de Zinder pour Agadez et vice versa. En outre l’absence d'infrastructures de génie civil ne facilite pas l’entretien des quelques pistes existantes. Cette situation d’enclavement des villages et même du chef lieu de la commune peut rendre vains voire compromettre les efforts d’aménagement du territoire communal. Elle engendre également des conséquences à la fois sociales (accès aux maternités, évacuation des malades…) et économiques (transport des récoltes…).


Les équipements et services collectifs

Les entretiens que nous avons eus avec quelques membres des Comités de gestion de santé, de l’eau et de l’éducation nous ont permis de relever la limite de ces structures mises en place dans les villages et quartiers en vue de gérer les équipements sociaux. En dehors du comité communal de gestion scolaire (COGES), ces comités sont quasiment non fonctionnels du fait de l’absence d’accompagnement et d’appui-conseil et technique à leurs animateurs.

De même, nous avons pu constater un certain nombre d’écoles et de pistes rurales qui se dégradent faute d'être suivies par des comités de gestion efficaces.

Il pourrait être envisagé de travailler avec les élus locaux à déterminer et accompagner les conditions d'une bonne gestion des équipements.

La condition féminine
Cette thématique est transversale et peut bien être intégrée dans la quasi-totalité des actions envisagées.
Aussi bien les conseillers municipaux que les populations que nous avons rencontrés ont insisté sur la nécessité de contribuer à réduire les souffrances des femmes dans les quartiers et villages de Malbaza. En effet la population féminine connaît la situation la plus précaire, socialement (hygiène, santé…) et économiquement. Nous avons également relevé la croissance démographique (un résultat de la non scolarisation et du mariage précoce des jeunes filles ?) et l’amenuisement des ressources naturelles.

Axe de coopération en direction des acteurs locaux de la décentralisation

Renforcer l’action des communes en faveur du développement local est une condition indispensable à la réussite de la décentralisation au Niger. C’est pourquoi l’appui à l’institution communale est une nécessité.

Le renforcement des capacités des conseillers communaux
Les conseillers municipaux que nous avons rencontrés semblent avoir à cœur leur mission. Toutefois, dans leurs interventions au cours des réunions et dans l’organisation de l’accueil dans leur « fief » de provenance, on relève rapidement une vision peu partagée du développement harmonieux et global du territoire communal, chacun voulant tirer la couverture à soi. Cela dénote évidemment une insuffisance de formation des élus locaux sur les objectifs et les enjeux de la décentralisation. La notion de territoire communal reste encore à construire chez la plupart d’entre eux. Notons tout de même que très peu de sessions de formation ont été organisées par l’Etat central ou ses démembrements en direction des élus locaux depuis leur élection.
La formation et la sensibilisation des élus locaux permettront sans nul doute à la municipalité de mobiliser plus de ressources à la fois humaines, techniques et financières.

Appui - accompagnement du maire et des agents de la commune
Cet accompagnement concerne principalement les questions sur lesquelles la commune est devenue le lieu de décision, sans avoir d'expérience pour en traiter comme l'organisation de l'état civil, le choix de ses priorités de développement, la gestion de manifestations publiques sportives, culturelles, etc. Il s'agira de permettre à la commune de fonctionner, d'affirmer son existence et d'agir en conformité avec ses compétences. Cela passera par la facilitation et l’aide aux prises de décision qui impliquent par exemple les relations avec :

- les agents d'autorité et notamment le préfet,

- les services techniques déconcentrés de l'Etat et le Trésor public,

- mais aussi les ONG et autres opérateurs qui agissent sur le territoire communal.

Accompagnement dans la maîtrise d’ouvrage communal
L'une des finalités de la décentralisation est de transférer aux communes la fonction de maître d'ouvrage pour la réalisation des infrastructures et la mise en place des services qui relèvent de leurs compétences. Cette fonction n’est pas encore maîtrisée complètement. Il s’agit de :

Réalisation de plan communal de développement.
Il s'agit là d'un document de référence que la loi incite les communes à produire. Il leur sert de cadre de référence pour définir leurs priorités à 3 ou 5 ans, orienter leur budget, solliciter les appuis extérieurs…
Si beaucoup de communes ont fait ou font l'effort de se doter de ce plan, (soit par leurs propres moyens soit en recourant à des appuis extérieurs), constat peut être fait que ces plans tiennent plus d'un état des multiples difficultés communales que d'un outil de définition d'objectifs et de mobilisation de moyens pour les atteindre. Leur très faible taux de mise en œuvre (moins de 10 %) dans celles qui en ont déjà réalisé un est de ce point de vue significatif.
L'élaboration d'un plan réaliste, appuyé sur l'identification des potentialités réelles et mobilisables, définissant des priorités claires à partir d’une animation territoriale participative est la première étape pour que la commune assure sa fonction de maître d'ouvrage. Notamment pour pouvoir intégrer les Objectifs du Millénaire dont la réalisation dépend très largement des compétences qui lui sont transférées.

Gestion des dossiers pour réaliser un équipement ou mettre en place un service :
Formuler le cahier de charges, évaluer les volumes financiers ou prévoir la durée des travaux, sont autant de points à préparer pour qu'un équipement soit réalisé ou pour qu’un service soit mis en place. La commune maîtrise peu cette méthode de travail, y compris les conditions d'émission d'un appel d'offre pour les travaux les plus importants.

Réalisation, suivi et évaluation des actions
Dans ce domaine encore, la commune n'a pas d'expérience (suivi des réalisations, réception des travaux). De même, lorsqu'elle confie la gestion d'un équipement ou d'un service à un prestataire privé.


Appui à la mobilisation des ressources

Le niveau de recouvrement des recettes par la commune est très inférieur aux prévisions budgétaires. Outre que les bases sur lesquelles est établi le budget sont aléatoires, la faiblesse des recettes est liée à la fuite devant l'impôt. L'instauration des communes n'a pas suscité de mouvements spontanés pour le versement des impôts et taxes comme cela était espéré mais a au contraire entraîné un recul des ressources.
Un important travail est donc à réaliser pour :

 accompagner la commune à engager des actions qui lui donnent lisibilité et crédit, conditions pour que les habitants payent l'impôt,

- accroître la compréhension de l'utilité de l'impôt à travers notamment la sensibilisation,

- améliorer sa collecte,

- identifier les ressources performantes en terme de collecte, les ressources possibles, les ressources extérieures accessibles (exodants, projets …)

La lutte contre l’insécurité alimentaire
Pour lutter contre la malnutrition et les risques chroniques de famine, une très vigoureuse action est à mener dans les domaines suivants :

- L’amélioration durable de la fertilité des sols et la lutte contre la désertification par l’organisation de la production, la récupération des sols dégradés, et la lutte contre l'érosion.

- La mise en place et la bonne gestion de banque de céréales afin d'assurer une ressource alimentaire tout au long de l'année (stockage et conservation des récoltes, transformation et commercialisation des produits)

- L’élaboration et la mise en œuvre d’une politique communale de soutien au développement économique local, en travaillant sur plusieurs types de démarches d’appui : structuration de filières, structuration d’organisations professionnelles, réduction des risques de l’initiative économique.


III. Synthèse à Malbaza puis à Niamey

A la fin de la mission une réunion synthèse avec le Conseil Municipal de Malbaza a permis de tirer les premières conclusions suivantes :

1. la population et le conseil municipal de Malbaza ont témoigné de leur vif intérêt à ce partenariat naissant à travers l’accueil empreint de chaleur qu’ils ont réservé à la délégation pendant tout son séjour sur le territoire communal. En conséquence le chef de délégation, le député-maire d’Epaignes, M.Morin a dit « que chaque membre de cette délégation et au-delà chaque membre de l’association ACTIONS NIGER se sent moralement obligé de s’investir pleinement pour la réalisation des projets concrets en faveur de Malbaza. »


2. Les besoins exprimés par les populations de Malbaza sont énormes et les moyens modestes de l’association ne pourront pas satisfaire toutes ses attentes. Mais de la célérité avec laquelle le Conseil Municipal travaillera à proposer des projets, dépendra le début de réalisation de quelques actions dès le début 2007..


3. Un recours au service d’un prestataire local disposant de l’expertise nécessaire en la matière. Ainsi l’ONG Réseau d’Appui aux Initiatives Locales (RAIL) est proposé au Conseil Municipal qui l’a accepté pour être l’opération des actions envisagées dans le cadre de ce partenariat. Il a été précisé que si le RAIL a donné son accord, il appartient à la mairie de faire en sorte que cette ONG travaille sous ses directives.


4. L’association ACTIONS NIGER a voulu marquer le démarrage de ce partenariat par la présence au Niger d’une forte délégation de onze personnes afin de créer un dynamisme dans les relations avec des relais importants. Les délégations futures seront donc opérationnelles et moins nombreuses. Ainsi une des premières actions pourrait être relative à la santé en début d’année 2007. Un membre de l’association pourrait faire partie de cette première délégation pour définir les actions précises à mettre en œuvre avec et le RAIL qui sera missionné pour accompagner la mairie de Malbaza.


5. Malgré la pauvreté et parfois la misère, les habitants rencontrés dans la commune de Malbaza sont dignes et volontaires pour engager des actions de développement : donc ce n’est pas un regret que d’avoir choisi Malbaza et le Niger.

Suggestions

- On pourrait envisager que Actions Niger prenne en charge la participation de 2,5 millions demandée pour le forage de 11 bornes fontaines et permettre ainsi aux populations du secteur de Nobi d’accéder à l’eau potable.

- Peut-on envisager la construction par Actions Niger d’une ou deux classes à Tafarkas et d’une autre à Chama ainsi que leur équipement en tables bancs en partenariat avec le COGES ?

- Il peut être envisagé d’appuyer les cases de santé en médicaments et en formation des agents à travers entre autres des missions médicalisées par Actions Niger.

- Pour ce qui est du désenclavement des villages et de la commune de Malbaza les investissements à réaliser sont assez lourds et nécessitent des financements importants, probablement au-delà des capacités financières de l’association Actions Niger. C’est pourquoi il pourrait être envisagé d’approcher d’autres partenaires de la commune en particulier la Région de Picardie pour prendre en charge ce volet. Actions Niger pourrait par contre s’investir dans l’appui conseil en matière de gestion et entretien de ces infrastructures

- La dynamisation du foyer féminin de Malbaza pourrait constituer une première action dans le domaine d’appui à l’amélioration des conditions de vie des femmes.

- Actions Niger pourrait s’appuyer sur le programme Aniya, action concertée de coopération décentralisée Niger- France pour réaliser cet appui, en collaboration étroite avec l’opérateur choisi et la municipalité de Malbaza.

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