28.03.2008 : Faire en sorte que l’Europe de la défense trouve un nouvel essor (France Inter)

 10 Ko NICOLAS DEMORAND
Merci d’écouter France Inter, il est 8H20, l’invité ce matin :

HERVE MORIN
Hervé MORIN, ministre de la Défense, président du Nouveau centre et 46 ans.

NICOLAS DEMORAND
Bonjour, bienvenu Hervé MORIN sur France Inter. On va venir aux questions de doctrine que soulevait Bernard GUETTA, à savoir s’il y a ou non, rupture diplomatique et stratégique de votre point de vue. D’abord les faits, combien de militaires seront envoyés en Afghanistan dans les renforts promis par le Président de la République ?

HERVE MORIN
Ce qu’a dit le Président de la République, à Londres, c’est ce que le Président de la République a écrit il y a un mois à l’ensemble de ses partenaires au sein notamment de l’Alliance atlantique. En leur disant quoi ?
En leur disant il faut qu’on fasse en sorte qu’un jour, nous puissions sortir et faire en sorte que l’Afghanistan puisse trouver par elle-même les voies du progrès et de la modernité. Pour cela nous avons un effort commun à effectuer, cet effort passe notamment, par éventuellement un effort militaire supplémentaire, mais aussi par toute une série de préalables.
Et c’est ces préalables là que le Président de la République a aussi rappelés et qu’on oublie. Ces préalables c’est quoi ? C’est l’amélioration de la gouvernance en Afghanistan, c’est un vrai modèle de développement, c’est la coordination de l’ensemble des moyens qui sont mis en œuvre par l’ensemble des institutions internationales. C’est de faire en sorte qu’on ait un vrai plan de lutte contre le narco trafic, puisque vous savez que l’Afghanistan c’est 91 % des exportations de drogue à travers le monde. Bref, de faire en sorte…l’afghanisation des institutions, c'est-à-dire de faire en sorte que progressivement les Afghans prennent en main leurs institutions, voilà ce qu’on a dit. Et nous avons dit par ailleurs…

NICOLAS DEMORAND
Combien d’hommes ?

HERVE MORIN
Et le Président de la République a dit par ailleurs : si la France venait à faire un effort supplémentaire, il faut que l’ensemble de nos partenaires, s’engagent, un, à rester et s’engagent éventuellement à faire un effort supplémentaire. Et ce sont ces conditions là, ces préalables là qui sont posés et dans ces préalables là nous avons éventuellement indiqué que nous ferions un effort supplémentaire.

NICOLAS DEMORAND
De combien de militaires Hervé MORIN ?

HERVE MORIN
Tout dépendra de l’état des discussions qui seront à Bucarest la semaine prochaine.

NICOLAS DEMORAND
Donc, le chiffre n’est pas fixé aujourd’hui ?

HERVE MORIN
Le chiffre n’est pas fixé par le Président de la République, nous lui avons fait toute une série de propositions et à partir de cela et à partir des discussions avec les préalables que je rappelle, faire en sorte qu’il y ait un nouveau modèle, qu’on réfléchisse à la coordination des moyens, qu’on afghanise les institutions pour que, progressivement les Afghans prennent en main leur destin. Bref, tout cela nous avons mis cela sur la table et c’est après ces conversations là que nous déciderons du niveau de l’engagement des Français.

NICOLAS DEMORAND
Très vaste programme Hervé MORIN, pour combien de temps les troupes françaises sont sur place en Afghanistan ?

HERVE MORIN
Mais vous comprenez bien que si la communauté internationale, ne fait pas un effort considérable pour l’Afghanistan, nous ne pourrons jamais en sortir. Et que la condition…

NICOLAS DEMORAND
On est enlisé, on est enlisé en Afghanistan aujourd’hui ?

HERVE MORIN
Non, non on n’est pas enlisé, nous avons besoin de faire en sorte que les efforts considérables qui ont été effectués par la communauté internationale finissent pas être payants. On oublie toujours les éléments positifs dans tout ça. Moins de 10 % des Afghans avaient accès à la santé, aujourd’hui près de 80%. On oublie ce qu’était le régime des Talibans, le régime des Talibans, c’était le ministère de la répression du vice et la promotion de la vertu, la condition des femmes. C’était l’interdiction du théâtre, du cinéma,

NICOLAS DEMORAND
Même des cerfs-volants !

HERVE MORIN
Oui, même des cerfs-volants !

NICOLAS DEMORAND
On ne peut pas se permettre comme l’a dit le Président de la République, Hervé MORIN, on ne peut pas se permettre de perdre en Afghanistan. La situation a l’air tout de même extrêmement critique sur place. C'est-à-dire qu’après cette intervention militaire les Talibans sont encore dans le paysage et très actifs. Al Qaïda a cité également le Président de la République. Donc, je vous repose la question de l’efficacité ?

HERVE MORIN
La victoire ne peut pas être uniquement une victoire militaire c’est très clair. Mais il faut à la fois éradiquer les Talibans, l’extrémisme et en même temps mener une politique de développement, c’est l’un et l’autre. Et c’est ce que nous disons, il faut à la fois faire en sorte que l’on éradique l’extrémisme et en même temps qu’on mette en place les conditions du développement. C’est l’un qui va avec l’autre et c’est ce que nous disons et c’est ce que nous voulons dans le cadre des discussions que nous aurons à Bucarest la semaine prochaine.

NICOLAS DEMORAND
Un mot de doctrine, précisément, atlantisme disait Bernard GUETTA, vous acceptez le terme pour décrire la réinflexion on va dire de la politique étrangère française ?

HERVE MORIN
Non, je conteste l’analyse qu’a faite Bernard GUETTA, le Président de la République a fait de l’Europe de la défense une priorité. Cette Europe de la défense que vous le vouliez ou non, nous ne la construirons que si elle est vécue par l’ensemble de nos partenaires, non pas américains, mais par l’ensemble de nos partenaires européens – comme quelque chose qui n’est pas en contradiction avec l’Alliance atlantique.
Que l’Europe de la défense ne se fait pas contre l’Alliance atlantique, parce que l’ensemble de nos partenaires européens considèrent que l’Alliance atlantique c’est le système de sécurité qui assure leur paix depuis plus de cinquante ans. Et donc la démarche du Président de la République de dire, l’un n’est pas contre l’autre. Mais nous devons à la fois, rénover l’Alliance atlantique et en même temps faire en sorte que nous construisions l’Europe de la défense – cette démarche là est maintenant comprise. Contrairement à ce que disait Bernard GUETTA, eh bien l’Europe de la défense va faire des progrès considérables sous la présidence française, parce que cette nouvelle démarche fait qu’il n’y a plus d’hostilité de nos partenaires sur la construction de l’Europe de la défense.

NICOLAS DEMORAND
La France va revenir au sein de l’OTAN ?

HERVE MORIN
Ce n’est pas la question du moment, la question du moment c’est la construction…

NICOLAS DEMORAND
Elle sera d’actualité quand cette question, la semaine prochaine ou elle est déjà tranchée ?

HERVE MORIN
Non, cette question là se posera après le travail que nous sommes en train de mener dans le cadre de l’Europe de la défense – et vous verrez que grâce à cette démarche, grâce à l’entente avec les Britanniques, grâce à nos nouvelles relations avec les américains – eh bien l’Europe de la défense va évoluer et progresser comme elle n’a pas progressé depuis des années.

NICOLAS DEMORAND
Mais la possibilité Hervé MORIN que la France revienne au sein de l’OTAN, c’est une possibilité, c’est une option ?

HERVE MORIN
Ecoutez, il y a des travaux qui sont en cours, nous avons un Livre blanc, tout ça va être discuté. Mais ce n’est pas…ce que je voudrais essayer de vous faire comprendre, c’est que si vous voulez faire naître et émerger un pilier européen de sécurité. Ce pilier européen de sécurité, vous ne pouvez pas le faire émerger, si pour l’ensemble de nos partenaires, c’est vécu comme une façon de porter atteinte à l’Alliance atlantique. L’un doit aller avec l’autre, parce que, nos partenaires européens n’abandonneront jamais ce système de sécurité qui assure leur paix depuis cinquante ans.

NICOLAS DEMORAND
Donc, continuité ou rupture sur tous ces dossiers avec la présidence de Nicolas SARKOZY Hervé MORIN ?

HERVE MORIN
Il y a une continuité dans la volonté française de faire en sorte que l’Europe de la défense trouve un nouvel essor et il y a aussi de la rupture dans, j’allais dire, l’approche que nous pouvons avoir de ce sujet qui n’est de ne pas opposer Alliance atlantique et Europe de la défense.

NICOLAS DEMORAND
A tout de suite Hervé MORIN, les questions des auditeurs de France Inter dans Interactive.



NICOLAS DEMORAND
Soyez donc les bienvenus dans Interactive, 01 45 24 7000 pour toutes vos questions à l’invité de France Inter ce matin, Hervé MORIN, ministre de la Défense, président du Nouveau Centre. On sera également en ligne avec Stéphane FORT, envoyé spécial de France Inter en Afghanistan, Stéphane qui se trouve à 3 heures de route de Kaboul. Première question Philippe, qui est en ligne à Paris. Bonjour Philippe.

FELIPE, AUDITEUR DE PARIS
Oui, bonjour. C’est moi ?

NICOLAS DEMORAND
Oui, c’est vous.

FELIPE
Oui, c’est Felipe, ce n’est pas très grave.

NICOLAS DEMORAND
Mille excuses, j’ai mal lu.

FELIPE
Je vous en prie, ce n’est pas grave. Merci de prendre ma question et bonjour monsieur le Ministre.

HERVE MORIN
Bonjour monsieur.

FELIPE
Ma question, c’est deux questions courtes et liées, des précisions à la suite des annonces. Donc le président a fait des annonces, envoyer 1 000 soldats en Afghanistan. Il y a quelque temps, il a annoncé que les caisses étaient vides et la question coule de source : combien cela coûte ? Quel est le coût annuel d’avoir 1 000 soldats plus ce qu’ils ont déjà en Afghanistan ? Et secundo, étant donné que les caisses sont vides, qui est-ce qui paye ?

NICOLAS DEMORAND
Ne quittez pas Felipe. On va demander à Hervé MORIN une réponse sur le coût de cette opération.

HERVE MORIN
Tout d’abord monsieur, nous avons en Afghanistan un peu plus de 2 000 hommes – 2 200 hommes entre les hommes qui sont à Kaboul, les hommes qui sont chargés de la formation de l’armée nationale afghane, les officiers, ceux qui sont chargés de forme aussi les futures forces spéciales afghanes. Nous avons aussi des hommes sur des bateaux, au nord de l’océan indien. Bref, nous avons déjà 2 200 hommes, donc nous ne partons pas de rien. Ce n’est pas une décision qui est prise du jour au lendemain, d’une arrivée sur le théâtre afghan : nous y sommes depuis 2002.
Deuxième point dont je voudrais vous convaincre, c’est que ce qui se passe en Afghanistan nous concerne, concerne votre sécurité et concerne aussi l’avenir de vos enfants. Cela concerne votre sécurité parce que faire en sorte que l’Afghanistan soit un pays stabilisé, c’est éviter un risque majeur de déstabilisation d’un arc de crise qu’on connaît bien qui va de l’Asie du sud à la Méditerranée.
Cela concerne votre sécurité parce que lutter contre le terrorisme, c’est une menace qui est permanente sur notre territoire national et l’Afghanistan est un foyer majeur du terrorisme international. Et cela concerne votre sécurité et la sécurité de vos enfants parce qu’un pays qui exporte près de 90 % de la production d’opium mondial, cela concerne aussi nos même pour les années qui viennent. Et donc la présence de la France en Afghanistan a un sens.

NICOLAS DEMORAND
Elle a un coût ou pas, pour répondre à la question de notre auditeur ?

HERVE MORIN
Quant au coût de notre présence en Afghanistan c’est autour de… De mémoire, je n’ai pas les chiffres précis en tête, autour de 150 ou 200 millions d’euros par an.

NICOLAS DEMORAND
Sébastien nous appelle du Finistère. Bonjour Sébastien.

SEBASTIEN, AUDITEUR DU FINISTERE
Oui, bonjour. J’aurais une petite devinette pour votre ministre s’il veut bien me répondre.

NICOLAS DEMORAND
Allez, posez-la !

SEBASTIEN
Alors ma question c’est qui a dit il y a une dizaine de jours : « L’Afghanistan devient un merdier ingérable et nous n’avons aucun intérêt à nous y impliquer davantage » ?

NICOLAS DEMORAND
Hervé MORIN ?

HERVÉ MORIN
Je crois que qu’on a repris des mots que je n’ai jamais entendus dans la voix du général GEORGELIN qui est le chef d’État-major des armées, mais je ne l’ai jamais entendu dire cela.

NICOLAS DEMORAND
Est-ce faux pour autant ?

HERVE MORIN
Il faut qu’on soit… qu’on se pose les questions de notre responsabilité. Notre présence en Afghanistan et le présence de la communauté internationale en Afghanistan, cela concerne la stabilité du monde et la sécurité du monde. Cela concerne notre propre sécurité d’une part. D’autre part nous y sommes déjà, et donc soit nous considérons que nous allons y rester pendant des années et des années, ou soit nous considérons que la communauté internationale, non pas uniquement par des moyens militaires mais par le développement de toute une série de mesures, par une politique coordonnée, nous décidons de faire le maximum pour que l’Afghanistan puisse assurer sa stabilité, prendre en main son développement.

NICOLAS DEMORAND
Vous savez combien de temps cela peut durer, Hervé MORIN, ou pas ?

HERVE MORIN
Je n’en sais rien, combien de temps cela peut durer, mais ce que je sais c’est que nous sommes…

NICOLAS DEMORAND
Une fourchette c’est un an, 5 ans, 10 ans, 15 ans ? C’est quoi ?

HERVE MORIN
Ce que je sais, c’est que nous sommes sur – comment dire ? – sur une ligne de crête. La situation s’est considérablement améliorée pendant un certain nombre d’années. On a quand même eu des élections démocratiques en Afghanistan, on a eu une constitution, on a eu…

NICOLAS DEMORAND
Oui mais là si vous renvoyez des troupes, c’est qu’elles se dégradent.

HERVE MORIN
Attendez, vous ne me laissez pas finir. On a eu pour la première fois le vote des femmes. Bien, la situation s’est à nouveau dégradée en effet, mais globalement nous tenons, j’allais dire, la situation militaire. Certes il y a des incidents, certes malheureusement il y a des actes de terrorisme quotidiens mais la situation militaire, elle est plus ou moins sous contrôle. Et la question qui se pose à la communauté internationale, c’est est-ce qu’on fait l’effort maximum non pas uniquement militaire mais aussi en terme de développement, en terme de gouvernance, en terme de coordination des moyens pour qu’on soit en mesure un jour de dire : « Nous avons réussi, nous avons assuré la stabilité de l’Afghanistan et nous pouvons donc nous retirer », sinon on risque en effet d’y rester très longtemps.

NICOLAS DEMORAND
En direct Stéphane FORT, je le disais à l’instant, envoyé spécial en Afghanistan. Vous êtes, Stéphane, à trois heures de route de Kaboul. Vous parliez ce matin à l’antenne de guérilla incessante. Quel est le moral des troupes françaises sur place, Stéphane ?

[intervention de Stéphane Fort en direct de l’Afghanistan]

NICOLAS DEMORAND
Bien on va demander à Hervé MORIN ce qu’il pense de cette crainte. Les soldats vont-ils être engagés, les soldats qui vont partir en renfort, Hervé MORIN ? Vont-ils se battre ?

HERVE MORIN
Tout d’abord permettez-moi, puisque Stéphane FORT évoque nos militaires, de dire à quel point ils font un travail formidable avec enthousiasme. Je les ai vus, je les ai rencontrés, j’y suis allé aussi avec le président de la République. Nous avons affaire à des sous-officiers, à des militaires du rang et à de jeunes officiers qui font un travail extraordinaire, qui le font avec enthousiasme, avec dévouement. Non, non mais je le dis parce qu’ils le font avec des risques sérieux mais ils le font avec le sentiment qu’en construisant et en bâtissant l’armée nationale afghane, ils sont en train de donner les moyens à l’Afghanistan de pouvoir assurer sa propre stabilité et il y a des efforts importants qui ont été effectués pour construire cette armée.

NICOLAS DEMORAND
Ils vont se battre ceux qui vont être envoyés là à court terme ?

HERVE MORIN
Je vous dis que pour l’instant, nous avons donné au président de la République toute une série d’hypothèses et ces hypothèses-là seront examinées en fonction des débats qui auront lieu à Bucarest.

NICOLAS DEMORAND
Mais se battre est une hypothèse.

HERVE MORIN
Mais de toute façon, nous assurons par exemple le contrôle de ce qu’on appelle la région centre autour de Kaboul. Si nous sommes pris à parti, nous sommes amenés à nous battre. Nous avons des avions qui interviennent régulièrement pour assurer la protection des forces au sol, donc la vie en Afghanistan, ce n’est pas une vie de repos.

NICOLAS DEMORAND
Oui mais entre se défendre et attaquer si j’ose dire, il y a quand même une immense différence. Là, c’est plutôt sur le deuxième aspect que je vous interroge.

HERVE MORIN
Oui, mais nous sommes en train de regarder. Nous avons donné au président de la République toute une série d’hypothèses. Laissez-nous le temps de voir comment les choses de passent.

NICOLAS DEMORAND
Il y a énormément de questions, on l’entend à vos réponses Hervé MORIN, qui ne trouvent pas de réponse pour l’instant aujourd'hui. Je vous en ai posé un certain nombre. Est-ce que le débat n’aurait pas dû avoir lieu devant l’assemblée nationale française sur ces sujets-là ?

HERVE MORIN
D’une part il s’agit pour l’instant d’une responsabilité propre du chef de l’État. Je dis ‘pour l’instant’, pourquoi ? Parce que comme vous le savez, le président de la République a proposé une révision des institutions. Dans cette révision des institutions, il est prévu notamment qu’il y ait un débat pour ce qui est de l’envoi de troupes à l’étranger et qu’il y ait un vote au bout de six mois, si la durée est de plus de six mois. Donc dans l’état actuel des institutions, il s’agit d’une prérogative du chef de l’État. J’irai devant la commission de la Défense.

NICOLAS DEMORAND
C’est mardi, mardi prochain.

HERVE MORIN
J’irai devant la commission de la Défense mardi prochain comme le président de la commission de la Défense me l’a demandé. J’irai devant toutes les commissions qui le veulent. Cela n’empêche pas non plus qu’il y ait un débat après éventuellement Bucarest ou avant Bucarest. Je me permets de vous signaler qu’entre le moment où le président de la République annoncera sa décision et le moment où nos troupes arriveront sur le terrain, il se passera plusieurs mois. Donc nous aurons largement le temps de débattre de ces questions.

NICOLAS DEMORAND
Mais ce débat-là sur la décision en elle-même d’envoyer des troupes n’aurait-il pas dû avoir lieu plus tôt ? Là vous allez faire, passez-moi l’expression, elle est triviale, le service après-vente en quelque sorte devant l’assemblée nationale. Est-ce qu’il n’aurait pas fallu justement en débattre avant de prendre la décision ?

HERVE MORIN
Écoutez, qu’il y ait des débats, oui, mais il s’agit d’une prérogative de l’exécutif. Par ailleurs, je me permets de vous faire observer que celles et ceux qui aujourd'hui sont ceux qui réclament des débats n’en réclamaient pas quand ils étaient dans la majorité. Je n’ai jamais entendu François HOLLANDE ou Ségolène ROYAL ou Jean-Pierre CHEVÈNEMENT réclamer des débats avec des votes au Parlement lorsque François MITTERRAND décidait d’envoyer des troupes ou lorsque Lionel JOSPIN décidait d’envoyer des troupes. Donc je trouve que quand Jean-Marie COLOMBANI disait que ceux qui étaient au gouvernement quand ils en sortaient oubliaient ce qu’ils disaient avant, je trouve que s’il y a bien un endroit…

NICOLAS DEMORAND
Cela a l’air d’être la chose du monde la mieux partagée quand même en politique.

HERVE MORIN
Voilà. S’il y avait bien une expression à laquelle c’était parfaitement applicable, c’était bien celle-là.

NICOLAS DEMORAND
Stéphane FORT, vous souhaitez intervenir en direct d’Afghanistan ?

[intervention de Stéphane Fort en direct de l’Afghanistan]

NICOLAS DEMORAND
Encore une question de budget et de moyens. Vous avez chiffré tout à l'heure le coût de l’intervention français en Afghanistan, Hervé MORIN. Est-ce que dans le cadre de la grande révision générale des politiques publiques votre ministère est en première ligne ? Est-ce qu’il va y avoir des révisions drastiques au ministère de la Défense ?

HERVE MORIN
Il n’est pas en première ligne plus que les autres. Nous avons deux impératifs. Le premier impératif, c’est l’adaptation de notre outil de défense. C’est une adaptation que nous devons mener en permanence. L’histoire de la France a montré que si nous ne nous adaptons pas, il y a des risques pour notre sécurité, il y a des risques pour, j’allais dire, notre protection au sens le plus large et nous avons besoin de nous adapter parce que nous avons besoin de dégager des marges de manœuvre pour financer nos équipements et améliorer la condition militaire.

NICOLAS DEMORAND
Mais est-ce qu’il va y avoir une évolution de la carte militaire comme il y en a eu une de la carte judiciaire, de la carte hospitalière ? Est-ce qu’on va aller vers ce type de réforme là, Hervé MORIN ?

HERVE MORIN
Nous sommes en train de renouveler la totalité de nos équipements et la totalité de nos équipements étant en cours de renouvellement, nous avons besoin de dégager des marges de manœuvre pour le faire. Cela, c’est absolument indispensable. Il y aura aussi bien entendu un certain nombre de réorganisations territoriales parce que…

NICOLAS DEMORAND
Cela veut dire fermer des casernes, des bases, des implantations.

HERVE MORIN
Oui. Densifier les régiments. On va essayer de faire en sorte que nous ayons des régiments plus importants, pouvoir faire des économies de fonctionnement. Nous allons améliorer le système de ce qu’on appelle le maintien en conditions opérationnelles, c'est-à-dire faire en sorte que notre matériel puisse fonctionner. Bref, on va réorganiser la totalité de la structure et de l’organigramme du ministère pour gagner en économie de fonctionnement pour pouvoir les affecter à la condition militaire et à l’équipement de nos forces.

NICOLAS DEMORAND
Monsieur BACCAR, Mohamed BACCAR, le président déchu de l’île comorienne est en partance pour La Réunion. Il est réfugié – il était réfugié mercredi à Mayotte, en France, il a été transféré jeudi donc à bord d’un avion militaire français vers La Réunion où il sera présenté à la justice. Il demande l’asile politique. Votre point de vue sur ce dossier ?

HERVE MORIN
Écoutez, la France a soutenu l’union africaine dans sa démarche. Cela correspond à ce que souhaite la France. La France souhaite que les Africains prennent en main les conditions de leur stabilité, les opérations de maintien de la paix et ce qui s’est fait aux Comores est ce qui doit se faire partout, c'est-à-dire que les Africains doivent progressivement prendre en main leur sécurité.

NICOLAS DEMORAND
Monsieur BACCAR sera extradé ou pas ?

HERVE MORIN
Écoutez, on le verra bien. Monsieur BACCAR est à La Réunion et maintenant, les discussions seront engagées.

NICOLAS DEMORAND
Pas d’asile politique ni de procédure d’extradition pour l’instant.

HERVE MORIN
Écoutez, laissez les choses venir tranquillement.

NICOLAS DEMORAND
Il est 9 heures. Merci infiniment Hervé MORIN d’avoir été sur France Inter ce matin.

Site officiel de Hervé Morin, Ministre de la Défense et Maire d'Epaignes

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