JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin Hervé MORIN, ministre de la Défense et président du Nouveau Centre. Hervé MORIN bonjour.
HERVE MORIN
Bonjour.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d’être avec nous ce matin. Vous allez être entendu par la commission Défense de l’Assemblée nationale cet après midi à propos de l’Afghanistan. Alors j’ai une première question, on va être très direct. Alors au passage parenthèse, 32 16, rmc.fr, vous avez l’habitude, vous interrogez Hervé MORIN. Ce n'est pas compliqué. Hervé MORIN, je vais être très direct, faut t-il envoyer des troupes supplémentaires, des troupes françaises supplémentaires en Afghanistan ? Est-ce que c’est une éventualité possible ?
HERVE MORIN
Le président de la République nous a demandé de faire ce qu’on appelle le retour d’expérience comme font tout le temps les armées. C'est-à-dire d’analyser les causes du drame que nous avons vécu et d’en tirer les conséquences. Le président de la République m’a demandé de travailler avec le chef d’état major des Armées pour lui faire des propositions dans les jours qui viennent. Ces propositions, elles peuvent être de plusieurs ordres. Le premier c’est améliorer nos moyens d’observation et de surveillance. Est-ce qu’on doit envoyer des Drones, est-ce qu’on doit augmenter nos moyens aéroportés ? Deuxième chose, c’est comment fait t-on pour éventuellement améliorer notre capacité de puissance de feu lorsque nous sommes soumis à une opération d’un nouvel ordre ? Parce que ce que souvent, on n’a pas souligné dans cette histoire, c’est que jusqu’alors nous vivions des attentats suicide, des attentats par engins explosifs improvisés, des escarmouches. Nous avons vécu, les Américains ayant vécu la même chose quelques temps avant, la première opération militaire avec un sens tactique réel. J’ai passé pour tout vous dire, hier, quatre heures, avec le chef militaire pour décortiquer précisément l’opération.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca ne doit pas nous surprendre car nous sommes en guerre ?
HERVE MORIN
Je ne veux pas dire que nous sommes en guerre.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous ne sommes pas en guerre en Afghanistan ?
HERVE MORIN
Non. Nous sommes là pour redonner la paix et la sécurité en vertu d’une résolution des Nations unies de 2001 à un pays qui malheureusement connaît la guerre depuis 30 ou 40 ans. Et nous voulons reconstruire un espace souverain, c’est l’Afghanistan, en paix, qui ne soit plus le foyer du terrorisme international comme il l’a été jusqu’en 2001 et qui en plus respecte les droits de l’homme et notamment les droits de la femme. Il faut se souvenir que les taliban c’était le régime du Moyen Age. Et donc nous ne sommes pas en guerre contre les Afghans. Je vais vous dire quelque chose que nous ne disons pas assez et que je voudrais vous dire. La plupart des taliban qu’on appelle à tort d’ailleurs les insurgés parce qu’en fait, il y a plusieurs familles dans tout ça, la plupart des insurgés selon nos services d’écoute ne proviennent pas d’Afghanistan. Le recrutement aujourd’hui de ceux qui font la guerre, eux, à la force internationale qui est chargée de ramener la paix et la stabilité en Afghanistan, sont des hommes qui proviennent pour l’essentiel des pays voisins.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Hervé MORIN, on va revenir sur cet aspect mais...
HERVE MORIN
Et donc voilà, donc pour revenir sur les moyens. Il y a des Drones, il y a des moyens d’observation...
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc plus d’hélicoptères ?
HERVE MORIN
Hélicoptère qui est la faiblesse de la force depuis 2001 puisqu’en permanence, nous sommes à la recherche d’hélicoptères et éventuellement des moyens complémentaires qui pourraient être des forces spéciales chargées d’anticiper...
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc on est prêt à envoyer, à renvoyer...
HERVE MORIN
Non je n’en sais rien.
JEAN-JACQUES BOURDIN
C’est une éventualité ?
HERVE MORIN
Ca fait partie des choses que nous étudions et il y a dans la constitution, un chef des Armées. Ce chef des Armées s’appelle le président de la République et c’est à lui que nous soumettrons nos propositions.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Si nous décidons d’envoyer de nouvelles troupes en Afghanistan, est-ce que nous demanderons l’avis du Parlement ?
HERVE MORIN
Désormais la constitution impose qu’il y ait un vote, tout du moins une information du Parlement dans les premiers jours, puis un vote au bout de quatre mois. Et d’ailleurs on a même anticipé, si je puis dire, cela puisque le Premier ministre a annoncé qu’il y aurait un débat au Parlement avant la fin du mois de septembre.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, je reviens sur ce qui s’est passé il y a huit jours. C’était il y a huit jours, la mort de dix soldats français. Y a-t-il eu, j’ai des questions précises, y a-t-il eu des tirs fratricides ?
HERVE MORIN
Non.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucun ? Aucun soldat français n’a été blessé ou tué par des tirs d’alliés ? Des tirs alliés ?
HERVE MORIN
Aujourd’hui à l’heure où je vous parle et il n’y a aucune raison que cela ne change, il n’y a eu aucun tir fratricide. Alors certains soldats, les témoignages, un ou deux qui ont été relayés par vos organes de presse.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Par Le Monde.
HERVE MORIN
Oui. A évoqué cette question-la. Nous avons, nous, fait le travail de parler avec chacun des soldats blessés. Je vais aller les rencontrer tout à l’heure à Percy et à Val de Grâce. Aucun n’évoque cela. Les examens des corps montrent la même chose. Ce qui est certain, c’est que les avions A10 américains qui sont ce qu’on appelle des, ce sont des avions qui ont, pour rentrer dans la technique militaire, des espèces de canons mitrailleurs qui tirent des balles extrêmement puissantes qui sont des balles faites pour les chars, sont venus en assistance de nos forces. Et comme ce sont des engins qui ont une puissance de feu considérable, quand vous êtes à 50 ou à 100 mètres et que ces avions délivrent leur puissance de feu, vous avez le sentiment que ça ne vous passe pas loin, si je puis dire. Mais il n’y a eu aucun tir fratricide et d’ailleurs si il y en avait eu, nous n’aurions aucune raison de le cacher.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les renforts ont tardé ? Vous dites la solution militaire en Afghanistan passe par une meilleure coordination entre le civil et le militaire et davantage de cohérence.
HERVE MORIN
Ca, ça n’a rien à voir.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et davantage de cohérence entre les forces nationales engagées en Afghanistan. Ca, ça a à voir ?
HERVE MORIN
Oui mais ça, ça n’a rien à voir avec l’opération et l’embuscade.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Rien à voir ?
HERVE MORIN
L’embuscade en tant que telle, c’est la hantise du soldat. Le guet-apens c’est la hantise du soldat parce que par nature, par essence, c’est quelque chose qu’on ne peut pas prévoir, c’est quelque chose qui ne rentre pas dans les systèmes. Donc on a beau, vous avez beau prévenir par tous les moyens, vous n’arriverez jamais à prévenir à 100% une embuscade et un guet-apens, malheureusement. Ce qui est certain, c’est que....
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais en guerre, il y a des embuscades.
HERVE MORIN
Attendez laissez-moi finir. Vous m’avez posé une question et vous ne m’avez pas laissé répondre.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y répondez.
HERVE MORIN
Quand vous dites, quand je dis, il y a un problème de coordination ou tout du moins de règle d’engagement des différentes forces présentes sur le théâtre, il y a 39 pays. Je rappelle que 25 pays de l’Union européenne sur 27 y sont. Et des pays qui ne sont pas des va t’en guerre, la Norvège, non la Norvège est pas dans l’Union européenne...
JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous ne sommes pas des va t’en guerre non plus, j’espère.
HERVE MORIN
Je vous précise.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des pays qui ne sont pas des va t’en guerre, sous entendu il y a des pays qui en Europe pourraient être des va t’en guerre.
HERVE MORIN
Je vous remercie.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais non mais Hervé MORIN.
HERVE MORIN
Ce n'est pas ça. Parce que parfois on nous dit, il faudrait en partir, je demande, certains hommes politiques annoncent le retrait etc. J’observe que tous les pays européens, même ceux qui ont souvent une tradition de neutralité importante, sont engagés parce qu’ils savent que nous luttons contre le terrorisme et qu’il s’agit de notre propre sécurité qui est en cause.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors ?
HERVE MORIN
Alors j’ajoute, une des difficultés du commandement de cette force internationale, c’est que chaque pays...
JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous arrête, qui commandait lors de cette opération ?
HERVE MORIN
C’était bien entendu les forces françaises.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous, les forces françaises.
HERVE MORIN
Chaque pays qui est engagé a ce qu’on appelle parfois des caveat, c'est-à-dire des conditions d’engagement et donc en disant dans tel ou tel cas de figure nos forces ne sont pas engagées et il est évident que si nous avions une harmonisation des règles d’engagement, ça faciliterait la totalité des opérations. Mais en l’occurrence, ce n’est pas cela qui a joué parce que c’est une opération qui a été menée par l’armée française avec le soutien des forces de l’OTAN et notamment des avions américains.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors on sait Hervé MORIN que les insurgés trouvent refuge parfois dans des maisons au milieu de familles où il y a des femmes et des enfants. Il y a quelques jours, la coalition et notamment les Américains ont bombardé un petit village près d’Herat dans l’Ouest de l’Afghanistan et qui est mort ? Des femmes. Qui sont morts ? Des femmes et des enfants. 90 civils qui ont été tués, 900 civils depuis le début de la guerre ont été tués en Afghanistan. Est-ce que c’est supportable ? Est-ce qu’aujourd’hui c’est supportable, tuer des femmes et des enfants est-ce supportable alors qu’on ne supporte pas que nos fils, que les soldats français soient tués en Afghanistan, on supporte que des femmes et des enfants soient tués en Afghanistan, innocents totalement ?
HERVE MORIN
Bien sûr que ce n’est pas supportable.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors on fait quoi ?
HERVE MORIN
Mais comment peut-il y avoir dans des opérations militaires aucuns dégâts collatéraux ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors donc on accepte les dégâts collatéraux ? Finalement on les met de côté ?
HERVE MORIN
Ne caricaturez pas les choses.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je ne caricature pas, je dis la réalité.
HERVE MORIN
Je voudrai vous dire aussi la réalité des choses. Et la réalité des choses, c’est que la plupart, que très souvent lorsque des forces de l’alliance sont en contact avec des taliban et des insurgés demandent l’appui aérien. Et très souvent l’appui aérien n’est pas délivré parce que les conditions de sécurité de l’opération ne sont pas réunies.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Parfois les bombes tombent sur des mariages tiens, parce que tout à coup il y a des Afghans qui se sont regroupés. Alors on pense que ce sont des talibans.
HERVE MORIN
C’est pour cela que le maximum de garanties de précautions et c’est les ordres que j’ai donnés moi-même aux avions français qui sont engagés en Afghanistan, c’est qu’on ne délivre des bombes qu’avec l’ensemble des garanties qui permettent de pouvoir s’assurer qu’il y aura pas de dégâts collatéraux dans les civils.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ca veut dire qu’on n’est pas responsable ?
HERVE MORIN
C’est l’ordre...
JEAN-JACQUES BOURDIN
Que vous avez donné ?
HERVE MORIN
Quand il s’agit des avions français, les conditions d’engagement des avions français sont extrêmement claires et c’est pour les aviateurs quelque chose d’extrêmement compliqué. Parce que vous avez quand même en tête que lorsque nos pilotes sont appelés à la rescousse de forces à terre qui sont prises et engagées et qui se sentent menacées et que nos propres pilotes disent, je n’ai pas des conditions permettant d’assurer en toute sécurité qu’il n’y ait pas de dégâts collatéraux, vous comprenez que tout ça ce sont des débats qui ne sont pas faciles.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais ça, je comprends très bien lorsque les forces sont engagées mais dans le cas de ce village voisin d’Herat, il n’y avait aucun engagement. Simplement il y avait une réunion, on a pensé qu’il y avait des insurgés, les forces américaines ont frappé. Mais dites-moi, vous êtes solidaire là des forces américaines qui frappent comme ça aveuglément ?
HERVE MORIN
Je viens de vous indiquer quelles étaient les conditions d’engagement des militaires français.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui sont différentes des conditions d’engagement des alliés ?
HERVE MORIN
Les conditions d’engagement des militaires français et des aviateurs français sont extrêmement strictes. Nous leur avons clairement indiqué qu’ils ne devaient engager nos munitions et nos armes que si ils avaient autant que possible la certitude qu’il n’y aurait pas de dégâts collatéraux dans les populations civiles.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous pensez que ces dégâts collatéraux poussent la population afghane à soutenir les insurgés ? Oui ou non ? Allez-y parce que là vous avez posé la question j’imagine.
HERVE MORIN
Plutôt que oui ou non, je vais vous dire, j’ai répondu, j’ai posé la question au président KARZAI en disant mais comment aujourd’hui, au bout de six ans, peut être vécue une force qui connaît parfois ce genre de malheurs ? Il m’a dit cette remarque très juste. Il m’a dit, « vous savez les Afghans aspirent à la paix, ils veulent se débarrasser du terrorisme, ils veulent pouvoir assurer, pouvoir mettre en place les conditions de leur propre développement ». Si les forces alliées étaient considérées comme des forces d’occupation, souvenez-vous de ce qu’a vécu l’Union soviétique.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ecoutez on est pas au bout de nos peines parce que si ça fait sept ans qu’on est là bas, on est pas au bout de nos peines.
HERVE MORIN
Monsieur BOURDIN, je vous pose cette question. Ceux qui vous disent, il faut changer de stratégie, quelle stratégie ? Comment peut-on assurer le développement et la reconstruction d’un pays...
JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi je ne suis ni ministre de la Défense, ni ministre des Affaires étrangères, ni président de la République.
HERVE MORIN
Non mais les donneurs de leçons qui...
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n’est pas donneur de leçons.
HERVE MORIN
Non mais ce n'est pas vous que je mets en cause.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Attendez je voudrais quand même, vous avez une réponse du président KARZAI. Est-ce que vous avez obtenu d’autres réponses ? Réponses peut-être d’opposants au président KARZAI ? Régime corrompu, vous le savez. Aide internationale, 70% reviennent aux pays qui donnent cette aide internationale. Avec la drogue, le trafic de drogue qui est multiplié, qui, d’année en année, est de plus en plus important. Sept ans de guerre là bas. D’abord quelle est notre mission réelle ?
HERVE MORIN
La mission telle qu’elle a été confiée par les Nations unies, confirmée chaque année par une nouvelle résolution des Nations unies, est celle d’assurer la sécurité et la stabilité du pays et de donner assistance à l’Afghanistan pour lui permettre d’avoir les institutions lui permettant de retrouver sa souveraineté.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous croyez que dans toutes les promesses afghanes, on, soutient le président KARZAI, franchement ?
HERVE MORIN
Vous ne me laissez pas terminer.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, finissez.
HERVE MORIN
Nous avons formé, nous sommes en train de former une armée à qui selon la volonté de la France, nous allons progressivement confier une partie de la sécurité du pays. Au moment où je vous parle, nous allons transférer à l’armée nationale afghane la sécurité de Kaboul. Puis progressivement du district de Kaboul, puis progressivement de la région centre et d’ailleurs la vallée d’Uzbin dans le district de Sarubi où s’est passée l’embuscade de la semaine dernière, est une vallée que nous devions transférer à l’Afghanistan, aux forces afghanes, à partir de l’année prochaine. Et donc notre objectif c’est un, on forme. Nous allons former 50 000 hommes qui sont en cours de formation. Nous avons formé 5000 officiers. Nous reconstruisons, je me permets de vous signaler qu’aujourd’hui 6 millions d’enfants en Afghanistan sont scolarisés dont les petites filles qui ne l’étaient pas du temps du régime des taliban.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Personne ne soutient les taliban. Ne mettons pas tout noir d’un côté, tout blanc de l’autre.
HERVE MORIN
C’est ça que je veux souligner. 80% des Afghans aujourd’hui ont accès à la santé et d’ailleurs le taux de mortalité a considérablement baissé dans la mortalité infantile. On a construit plus de 4000 kilomètres de route. C’est un effort gigantesque qui ne peut trouver son résultat que dans le long terme et il n’y a pas de solution alternative.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors une dernière question, le gouvernement afghan demande et puis on passera à autre chose, el gouvernement afghan demande une renégociation de la présence militaire internationale en Afghanistan, une renégociation avec les différents Etats. Vous avez vu ça. Pour éviter justement les bavures. Vous dites oui au gouvernement afghan ? Oui on va changer notre manière de faire ? Je ne parle pas des Français mais il faut que la communauté internationale...
HERVE MORIN
La communauté internationale discute avec l’Afghanistan, avec un gouvernement souverain, tant mieux.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que KARZAI lui-même dit, attention la population est en train de se lever contre la présence étrangère. C’est ce que dit KARZAI lui-même, ce n'est pas moi.
HERVE MORIN
Le risque bien entendu, j’allais dire que le dégât collatéral qui touche les populations civiles c’est la pire des choses pour une force qui est chargée de rétablir la sécurité et la paix et de mettre les conditions de la confiance qui permettent, ensuite, de transférer aux institutions afghanes bien entendu.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il est 8 heures 48. On va parler d’autre chose et notamment de la Géorgie et de la Russie parce que voilà un autre terrain.
HERVE MORIN
On n’est pas du domaine du militaire.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Non on n’est pas dans le domaine du militaire, pas très loin, diplomatique mais oui, enfin bon on en reparle dans deux minutes.
.../...
JEAN-JACQUES BOURDIN
Hervé MORIN, nous discutions de l’Afghanistan, j’ai tout de même une dernière question que je ne vous ai pas posée tout à l’heure, je vous l’ai posée hors micro, mais je vous la pose maintenant, voyez c’est la transparence. Est-ce que vous discutez avec des talibans ?
HERVE MORIN
Le gouvernement KARZAÏ discute dans le cadre d’un processus de réconciliation nationale avec une partie des talibans qui sont prêts à s’engager dans cela. Parce qu’à travers l’expression « taliban » qui est une expression que l’on utilise beaucoup en Europe, il y a de toute évidence…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Plusieurs courants si je puis dire.
HERVE MORIN
Exactement !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, la Géorgie et la Russie, est-ce que nous pourrions participer à une force internationale qui pourrait s’interposer entre la Russie et la Géorgie ?
HERVE MORIN
Ecoutez, en l’occurrence, comme vous le savez le président de la République a décidé de réunir un sommet le 1er septembre prochain, de quoi s’agit-il ? Il s’agit d’abord et avant tout de faire en sorte que l’accord qui a été signé entre la Russie et la Géorgie sous l’égide de l’Union européenne soit respecté d’une part et d’autre part,
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n’est pas respecté ?
HERVE MORIN
Qu’il soit complètement respecté, puisque, selon les informations concordantes, il y aurait encore des troupes russes dans un certain nombre de points. Ce que nous souhaitons, c’est que bien entendu, cet accord, dès lors qu’il sera appliqué puisse être respecté et qu’il y ait des observateurs. Donc, il ne s’agit pas de mettre des forces militaires, mais dans le cadre et sous l’égide de l’OFCE, l’Organisation de sécurité et de coopération en Europe, il puisse y avoir des observateurs. S’il y a des observateurs, il y aura probablement des observateurs européens, mais il s’agit de quelques hommes, cela n’a rien à voir avec un engagement d’une opération extérieure.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous renvoyez les deux belligérants dos à dos dans cette affaire – avec l’intervention géorgienne en Ossétie du Sud, intervention militaire, peut-être un peu irréfléchie et avec l’intervention russe massive et là aussi, peut-être pas irréfléchie, réfléchie, mais autrement réfléchie ?
HERVE MORIN
Vous avez posé vous-même la question.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, j’ai compris la réponse, très bien. Luc FERRY, je change de sujet, mise en place d’un service civil, il est en train de travailler là-dessus qui pourrait durer, je ne sais pas plusieurs mois, c’est ça, 6, 9 mois non ? C’est bien ça, c’est une bonne idée, vous n’allez pas me dire non, mais ?
HERVE MORIN
Non, je ne vais pas vous dire non, mais j’attends de voir exactement dans quelles conditions les choses se feront. Je sais que c’est quelque chose qui par nature est assez compliquée, puisqu’il impose d’avoir des cadres, des structures pour pouvoir le mettre en œuvre. Mais qu’on trouve les moyens de pouvoir cimenter la cohésion du pays c’est très bien.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que le prochain budget de la Défense sera en augmentation ?
HERVE MORIN
Le prochain budget de la Défense sera un des budgets qui ne sera pas sous la règle fixée par le Premier ministre du zéro valeur, c'est-à-dire, en quelque sorte c’est du franc courant d’une année sur l’autre.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il sera donc en augmentation !
HERVE MORIN
Nous aurons, nous à la fois une légère augmentation et par ailleurs nous aurons des recettes extra budgétaires exceptionnelles qui nous permettront de financer tous les équipements qui sont en train d’arriver.
JEAN-JACQUES BOURDIN
DASSAULT Aviations disait en juin dernier, les gouvernements français et libyens ont ouvert une négociation pour l’achat de 14 Rafale jusqu’au 1er juillet 2008. Est-ce que KHADAFI a acheté les Rafale français ?
HERVE MORIN
Je pense que vous le sauriez !
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, il ne les a pas achetés pour l’instant, il nous a fait de vagues promesses, promesses d’achat.
HERVE MORIN
Les discussions sont en cours, moins on parle de tout ça, mieux on se porte,
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin bon, on a mis çà sur la place publique, vous êtes extraordinaire…
HERVE MORIN
Moins on parle de tout cela, mieux on se porte.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes extraordinaire, le président de la République reçoit KHADAFI, son ancienne épouse va voir KHADAFI nous dit : c’est formidable on va vendre des Rafale ! Et après quand je pose la question : les Rafale sont vendus ou pas, vous me dites ; il ne faut pas en parler, alors je ne comprends plus.
HERVE MORIN
Je veux dire par-là, que dans le cadre d’une négociation, moins on en parle, mieux on se porte, parce que nous ne sommes pas seuls à vouloir fournir des équipements à l’armée libyenne.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc pour l’instant ils ne sont pas achetés !
HERVE MORIN
Nous sommes dans une concurrence qui est une concurrence absolument féroce, parce que tous les pays ou presque sont présents en Libye pour équiper l’armée libyenne.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, pour l’instant, ils ne sont pas achetés ces Rafale, c’est ce que j’apprends. Dites-moi, est-ce que vous détestez François BAYROU ?
HERVE MORIN
Absolument pas, je vais vous dire,
JEAN-JACQUES BOURDIN
« Il représente le centrisme mou, ce que je déteste absolument »
HERVE MORIN
Ah non, je n’ai jamais dit que François BAYROU représentait le centrisme mou (…)
JEAN-JACQUES BOURDIN
Question d’auditeur.
YOANN ROCH
Question de Marc, Monsieur MORIN qui vous demande : est-ce un manque de rigueur d’avoir attendu l’embuscade des 10 soldats il y a 8 jours pour avoir envisagé seulement aujourd’hui d’envoyer de nouvelles troupes sur le terrain ?
HERVE MORIN
C’est toujours facile de tirer les conséquences après que les évènements aient lieu et d’engager tout d’un coup – d’avoir ces espèces de donneurs de leçons, qui en permanence vous expliquent que c’est comme ça qu’il aurait fallu faire ! Nous avons face à l’embuscade, c’est la hantise de toute armée, de tout soldat. L’embuscade c’est quelque chose qui par nature est absolument impossible à anticiper, parce que, par essence, l’embuscade, on ne l’attend pas. Et donc, vouloir nous dire aujourd’hui, nous faire le procès que ce qui a été envoyé au sein des armées, en Afghanistan est insuffisant pour assurer la sécurité des hommes. D’une part, la sécurité maximum, 100 % n’existe pas, la sécurité absolue n’existe pas. Et d’autre part, je me permets de vous signaler, malheureusement, s’il fallait rentrer dans ce genre de comparaison, c’est que les américains avec tous les moyens, militaires, technologiques qu’ils ont, ont connu des pertes absolument considérables en Afghanistan. Nous sommes dans des opérations militaires où l’avantage technologique ne suffit pas, pour malheureusement nous permettre d’assure le contrôle du territoire.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d’autant plus que les talibans ont gardé des armes que les Etats-Unis leur ont fournies. Mon cher Yoann, autre question Yoann ROCH.
YOANN ROCH
Est-ce que l’armée française va modérer réellement les blogs de ses militaires, parce que visiblement, ces derniers jours il y a eu une question qui inquiète la hiérarchie quant aux militaires qui tiennent des journaux, des blogs, quant à la révélation d’informations qui pourraient déranger ?
HERVE MORIN
Que voulez-vous faire face à des blogs ?
YOANN ROCH
Eh bien c’est la question que je vous pose.
HERVE MORIN
L’Internet, c’est le monde de la liberté absolue avec malheureusement tous les excès liés aux rumeurs que l’on fait partir, qui n’ont aucun fondement, mais qu’est-ce que vous voulez faire ?
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, merci Hervé MORIN, d’être venu nous voir ce matin !