Sitôt arrivé au ministère de la Défense, vous êtes au cœur d’une polémique. Au Mouvement démocrate (Modem) de François Bayrou, on vous accuse de présenter des « figurants » sous l’étiquette du Parti social libéral européen (PSLE), notamment des proches et collaborateurs. Que répondez-vous à ces attaques ?
Hervé Morin : Nous avons eu trois jours pour jeter les bases de notre formation puis dix jours pour présenter 90 candidats. Parmi eux, une trentaine sont en mesure de devenir députés. Pour les autres, c’est le début d’un engagement politique qui ne les mènera pas tout de suite au succès mais ils font avec nous un bout de chemin pour faire en sorte que ce Nouveau Centre – car c’est ainsi qu’on va l’appeler – puisse s’implanter progressivement.
Pour répondre à ce mauvais procès, il faut savoir qu’un parti politique ce sont deux choses. La première c’est l’existence d’un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale et nous en aurons un sauf malheur aux législatives.
La deuxième, c’est d’avoir son autonomie et donc l’indépendance financière. En France, la loi prévoit que pour bénéficier du financement, il faut présenter 50 candidats sur l’ensemble du département dans 30 départements. On aurait pu faire peut-être autrement, mais ma famille ou mes collaborateurs sont des citoyens comme les autres.
Pourquoi est-ce « un mauvais procès » ?
Bayrou ne s’y est pas pris autrement ! Il l’a fait dans 200 circonscriptions en 2002. L’extrême gauche et l’extrême droite procèdent exactement de la même manière. Le PS et l’UMP font, à leur façon, la même chose quand ils décident de placer des femmes pour ne pas se faire pénaliser électoralement dans des circonscriptions où, à coup sûr, ils ne peuvent pas gagner. Dans ma circonscription de l’Eure, le PS a investi une femme parachutée qui demeure en Ile-de-France. Il n’y a pas moins de six candidats qui vivent loin de notre circonscription. En France, le financement public des partis est lié aux législatives donc tous les partis font la même chose. Il faut savoir que chaque parti reçoit une somme de l’ordre de 50 000 euros par an par député. Ajoutées aux 1,66 euros par électeur ayant voté pour le candidat de telle ou telle formation, c’est ce qui permet au parti d’exister et c’est grâce à ce système que les tripatouillages financiers ont pu disparaître. Alors nous l’avons fait pour le Nouveau Centre parfois avec des bouts de chandelles mais de grâce, finissons-en avec toutes ces hypocrisies.
Quelle est la prochaine étape pour votre formation, le PSLE ?
Nous allons le présenter mardi prochain avec une grande partie des candidats. L’idée étant de reprendre le flambeau de l’UDF qu’a abandonnée François Bayrou.
Qu’entendez-vous par flambeau de l’UDF ?
Deux choses. C’est une question de comportement : vouloir construire et non pas être en permanence en opposition. L’idée que la liberté s’accompagne du contrat. Etre libre seul ne débouche sur rien. Il faut être capable de signer un contrat avec d’autres pour faire bouger le pays. Sur un certain nombre de sujets, nous reprendrons des valeurs que n’a pas forcément abandonnées François Bayrou sur la démocratie, la séparation des pouvoirs, l’association de l’économie de marché avec des solidarités. Encore une fois, pas dans une démarche d’opposition permanente répondant à des ambitions personnelles – les présidentielles de 2012 ! – mais pour construire.
A vos côtés, il y a 25 députés au sein du PSLE. Combien comptez-vous avoir d’élus ?
Nous aurons un groupe dans l’hypothèse où les sondages ne se trompent pas. Entre 25 et 30 députés, ce qui nous permettra de constituer un groupe parlementaire et ainsi de porter notre message à l’Assemblée nationale.
Propos recueillis par Christophe Preteux