Mercredi 26 novembre, une interview d'Hervé Morin sera publiée dans Le Figaro
Dans la Presse

24.09.2008 : Hervé Morin aux 4 Vérités (France 2)

Script de l'interview

OLIVIER GALZI
Bonjour William, bonjour à vous, bonjour Monsieur le Ministre.

HERVE MORIN
Bonjour.

OLIVIER GALZI
Le Parlement a donné son feu vert pour le maintien des troupes françaises en Afghanistan, vous avez parlé de renforts. Est-ce que vous savez, aujourd'hui, précisément, combien d’hommes et de matériel en plus vont être envoyés ?

HERVE MORIN
Ce sont des matériels qui sont bien entendu servis par des hommes. Mais l’idée n’a pas été de faire un renfort humain en tant que tel, mais de faire un renfort pour tirer les conséquences de l’embuscade du 18 août et de tirer les conséquences des nouvelles opérations militaires, telles que les mènent les taliban, puisque le 18 août, nous avons fait les frais d’une opération militaire organisée, d’envergure, et nous avons été les premiers. Et donc, les moyens complémentaires que nous avons mis, sont sur la décision du président de la République, des moyens héliportés, un hélicoptère de plus, deux hélicoptères de surveillance de type Gazelle, des drones, et des moyens d’écoute et de renseignement, pour faire court, tout cela étant servi par environ une petite centaine d’hommes.

OLIVIER GALZI
Donc, une centaine d’hommes supplémentaires, trois hélicos, six drones : vous pensez que ça va être suffisant pour éviter ce genre d’embuscade à nouveau ?

HERVE MORIN
Il faut que vous ayez en tête que quels que soient les moyens que vous pouvez mettre en œuvre, vous ne pourrez jamais être dans le risque zéro, lorsque vous menez une opération militaire, c’est le principe même. Les opérations militaires, c’est par nature le flou de ce que peut représenter un théâtre, qui est un théâtre difficile, un théâtre de montagne, et l’idée que l’électronique, la technologie, puissent nous assurer la sécurité à 100 %, ça n’existe pas. S’il fallait que je vous donne un seul exemple, c'est que les Etats-Unis qui, à eux seuls, consacrent 50 % des dépenses militaires mondiales, qui ont toute la panoplie technologique possible et inimaginable, ont eu malheureusement près de 600 morts en Afghanistan.
OLIVIER GALZI
Et alors, justement, pourtant on est dans une inflation…

HERVE MORIN
Il faut que vous ayez en tête que quand on dit : « Mais, il suffirait de mettre des moyens de surveillance et d’observation pour éventuellement préparer les missions », un, il part 100 à 150 missions par jour, tous les jours il y a des patrouilles, donc on ne peut pas mettre un hélicoptère devant…

OLIVIER GALZI
Donc, ça ne sera jamais suffisant.

HERVE MORIN
Et deuxièmement, quand vous êtes caché dans la montagne, les pilotes de l’armée de l’air vous diront que des forces qui ne bougent pas et qui sont cachées, on ne les voit pas.

OLIVIER GALZI
On ne les voit pas. Justement, est-ce que ce n’est pas un échec, cette stratégie, d’envoyer toujours plus de matériel, d’hommes, entre 2001 et 2008, au départ, on était passé par des patrouilles aériennes de reconnaissance, maintenant on est aux bombardements, on a 1 800 hommes sur le terrain et pourtant la situation ne fait qu’empirer. Est-ce que ce n’est pas la stratégie qui n’est pas bonne ?

HERVE MORIN
Il n’y aura pas de victoire, seulement militaire. C'est très clair, il faut que ce soit une stratégie globale, qui à la fois assure la sécurité et la stabilité de l’Afghanistan et permette le développement, et permette aussi l’amélioration de la gouvernance et permette aussi de lutter contre la drogue. Mais, quand on nous dit : changer de stratégie, c'est ce que la France a demandé. Lorsque la France a dit « il faut tout faire pour que l’armée nationale afghane et la police afghane, que nous formons, puissent progressivement prendre ses responsabilités ou leurs responsabilités dans les zones », c’est ce que nous faisons. Depuis…

OLIVIER GALZI
Pourquoi, justement, pour l’embuscade…

HERVE MORIN
Laissez-moi finir. Depuis le 28 août, Kaboul est sous le contrôle de l’armée nationale afghane, armée que nous avons formée, et nous allons progressivement faire en sorte que l’armée nationale afghane puisse prendre le contrôle, pour que nous puissions, à notre tour, et ensuite, nous désengager. Mais ceux qui nous disent : « il faut faire uniquement de la politique de développement », je voudrais vous dire « comment voulez-vous construire des canaux d’irrigation, comment voulez-vous construire des hôpitaux, comment voulez-vous construire des écoles, comment voulez-vous construire des maisons de santé si d’abord vous n’avez pas la sécurité et la stabilité ?

OLIVIER GALZI
Vous parliez de soutien de l’armée nationale afghane, comment se fait-il qu’elle n’était pas en première ligne dans cette embuscade, justement ? Comment se fait-il qu’ils étaient derrière ?

HERVE MORIN
Ils étaient… en fait ce sont des patrouilles communes, avec des alternances entre l’armée nationale afghane, qui souvent est en première ligne, et là…

OLIVIER GALZI
Eh bien là, ils y étaient pas, vraisemblablement.

HERVE MORIN
Et là, là, ils étaient juste derrière. Voilà. Bon…

OLIVIER GALZI
Et c’est normal, ça ?

HERVE MORIN
Mais, vous savez…

OLIVIER GALZI
Non, mais, est-ce que c'est normal ?

HERVE MORIN
Moi, je pense qu’il serait bien qu’autant que possible ce soit l’armée nationale afghane qui soit en première ligne, mais il faut que vous sachiez que même si l’armée nationale afghane avait été en première ligne, qui vous dit qu’on n’aurait pas laissé passer les éléments de l’armée nationale afghane, avant de prendre un parti, les éléments, puisque, ce que nous… les éléments français, puisque les soldats nous disent, par leurs témoignages, qu’ils ne les voyaient pas.

OLIVIER GALZI
Alors, vous parliez de lutte contre la drogue tout à l’heure, c’est un problème majeur, puisqu’on sait que ça finance aujourd'hui l’insurrection. Vous allez regarder ces cartes qui sont issues d’un rapport de l’ONU qui vient de sortir, on voit très bien le lien, en bas, à gauche, colorisé, c'est la zone de production de drogue, c’est là où il y a le conflit permanent. Sur la deuxième carte, on va voir aussi que cette production de drogue, eh bien elle s’est considérablement accentuée depuis l’arrivée de la coalition internationale, c’est la partie en vert, en rouge c’était les taliban, ça avait même quasiment disparu en 2001, avait le décret du Mollah Omar, qui avait dit que la drogue, c’était contre la religion. Depuis que les forces internationales sont arrivées, cette culture de l’opium a explosé et là, la carte la plus étonnante, c’est la suivante, regardez, l’ONU a des satellites précis, un, qui fait des photos de 3 m sur 3 et qui sait exactement, point par point, où se trouvent, évidemment, les champs d’opium mais aussi les laboratoires de transformation de drogue. Donc, ça veut dire que l’on sait où ils sont, on sait qu’ils financent la rébellion qui tue nos soldats aujourd'hui et on ne va pas les bombarder ? Comment ça se fait ?

HERVE MORIN
Nous avons décidé, sur l’initiative, d’ailleurs, de la France, du Royaume Uni, de prendre une résolution au Conseil de sécurité des Nations Unies, pour lutter contre le trafic de drogue, et notamment pour lutter contre le trafic de précurseurs. Comme vous, je ne suis pas spécialiste du sujet, j’explique…

OLIVIER GALZI
Oui, ce sont les produits qui permettent de transformer.

HERVE MORIN
Voilà. Les précurseurs, se sont les produits qui permettent de transformer l’opium en héroïne. Et donc, on mène ce combat-là…

OLIVIER GALZI
Oui, mais pourquoi vous n’allez pas bombarder ?

HERVE MORIN
On mène…

OLIVIER GALZI
Regardez, vous avez vu les photos, on sait où sont les labos.

HERVE MORIN
On mène ce combat, aussi, sur la destruction des laboratoires ; mais il faut bien avoir en tête que la lutte contre la drogue, c’est d’abord une capacité de développer des produits de substitution et des productions de substitution. C'est parce que nous permettrons aux paysans afghans de faire autre chose et d’en gagner autant, que nous pourrons, à mon sens, lutter plus efficacement. Ça fait partie des sujets sur lesquels ont doit être meilleurs. Mais vous aurez observé, et vous n’avez pas montré cette carte-là, c’est que dans certaines provinces, sur l’initiative des gouverneurs afghans, des provinces qui étaient productrices de drogue il y a encore un an, ou il y a encore deux ans, où il y a eu une vraie action de menée, sont aujourd'hui indemnes de la production. Donc, on voit que les choses, aussi, sur ce sujet, certes la production augmente, mais il y a des zones dans lesquelles les choses se sont éradiquées.





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