L'éveil : vous êtes président du groupe de l'Union pour la démocratie française (UDF) à l'Assemblée nationale, fort de 29 députés seulement. Atout ou handicap ?
Hervé Morin : Notre groupe fonctionne bien, il est facile à gérer et il y a un vrai débat en son sein. Nous avons pu dire ce que nous avions à dire, mais il est clair que les choses ont été verrouillées par l'UMP qui a décidé seule. En ce qui me concerne, cela m'a permis de faire avancer des dossiers locaux, comme l'hôpital de Bernay et son scanner, le SMUR de Pont-Audemer, l'échangeur de Bourneville qui va sortir un jour, ou encore la rénovation urbaine de Pont-Audemer. Mon appui a souvent été déterminant même si les dossiers étaient bien montés. J¹ai pu obtenir des rendez-vous avec les différents ministres concernés.
Vous avez donc une plus grande influence, mais aussi une exposition plus forte. Difficile à gérer ?
Je n'ai jamais vécu la politique comme une fin en soi ou une carrière. C'est une aventure avec un grand « A », que j'ai délibérément choisi de vivre alors que j'avais une bonne place de fonctionnaire ici même à l¹Assemblée. Je ne suis pas là pour protéger un fauteuil, les électeurs sont nos juges.
Que devient l'Assemblée nationale en cette période de précampagne ?
Elle est sur son train-train, on va voté ce qu¹on doit, mais rien ne sert de légiférer maintenant à cause de la présidentielle à venir. Le budget qu'on s'apprête à voter est virtuel car la nouvelle majorité qui sortira des urnes va arbitrer tout ça en août. Autant dire qu'on tourne à vide en ce moment. Nous, nous ressassons sans cesse les idées que nous lançons depuis 4 ans.
Êtes-vous toujours prêt à vous représenter aux législatives ?
Si François Bayrou obtient un mauvais score à la présidentielle, je me poserai des questions. Mais les sondages montrent des indices intéressants, et j'ai moi-même de nombreux amis, chefs d'entreprise à tendance plutôt UMP, qui ne veulent pas voter pour Nicolas Sarkozy s'il est le candidat officiel de ce parti, et qui seraient donc prêts à choisir François Bayrou. Ils reprochent entre autre à Sarkozy de jouer à fond sur l'aspect sécuritaire.
Est-il convenu quelque chose entre vous et François Bayrou s'il est élu président de la République ?
Absolument pas ! Nous sommes encore loin de ces considérations-là. Tout ce que je peux dire, c'est que François Bayrou veut réduire considérablement le nombre de ministres qui passeraient d¹une quarantaine aujourd¹hui à une vingtaine au maximum, de manière à pouvoir travailler plus facilement. Un peu comme en Allemagne. Il souhaite aussi impliquer des gens de tous bords, issus de la droite et de la gauche modérées.
Consacrez-vous aujourd'hui autant de temps à votre circonscription que lorsque vous étiez simple député ?
J'ai l'impression que oui. J'ai gardé le même rythme, avec trois jours à Paris ou de sortie à l'extérieur et le reste du temps dans ma circonscription. Mais un député se doit d'abord de travailler sur les lois, en cela je suis contre le cumul des mandats. Vaut-il mieux pour le pays que j'achète ma baguette de pain tous les matins à Epaignes ou que je travaille à l'Assemblée ?
Vous reposez-vous parfois ?
J'ai une forte capacité de travail mais il m'arrive de bloquer des jours pour souffler, aller jouer au golf, chasser...