Olivier Mazerolle : Alors, tout de suite, direction le ministère de la Défense. Bonsoir
Hervé Morin : Bonsoir.
Il y a du monde chez vous, vous recevez en l’honneur, à l’occasion du 14 juillet. Avant de parler des festivités, juste un mot quand même de ce drame abominable qui s’est déroulé à Malakoff ; est-ce qu’il n’y a pas une question à se poser quand même sur le fait que les gendarmes vivent constamment en vase clos, c’est-à-dire ils sont amenés à vivre avec ceux avec lesquels ils travaillent ? Est-ce que ce n’est pas là un risque de conflit aigu ?
Vous savez, c’est une des obligations liées au statut militaire, liées à la disponibilité des gendarmes. De là ça doit être …cela doit être une affaire absolument rarissime et de là à en tirer des conséquences qui seraient la remise en cause de l’ensemble du dispositif gendarmerie, je trouve que vous iriez vite en besogne. Voilà, il s’est passé quelque chose d’extrêmement éprouvant. Nous avons été avec le Président de la République et Michèle Alliot-Marie rencontrer les familles. C’est vrai que c’est lié à des dissensions entre un subordonné et son chef mais surtout ne tirons pas de conséquences de ce genre qui relèvent …alors que cette histoire relève plutôt j’allais dire d’un drame comme on peut en vivre dans toute la société française.
Alors, Monsieur le ministre, demain il y aura une grande première à l’occasion du défilé du 14 juillet. On va voir des unités venues des 26 autres pays d’Europe. Alors, c’est une symbolique très forte mais au-delà de la symbolique, est-ce qu’il y a quelque chose à retenir de cela ?
Il y a à retenir que la France est revenue grâce à l’action du président de la République au cœur de la construction européenne. Nous avons eu le sommet réussi, le sommet de Bruxelles sur la relance de la construction européenne. On nous expliquait avant la campagne électorale que c’était impossible. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont arrivés à trouver un accord à 27. Nous avons cet acte symbolique extrêmement fort qui montre, qui veut dire à l’ensemble des nations européennes que l’Europe de la défense doit progresser, doit progresser plus vite. Nous aurons à la fin de l’année, espérons-le, un traité nouveau dans lequel on pourra mener des coopérations renforcées, c’est-à-dire que des noyaux durs de pays, un noyau dur de pays puisse s’engager dans la construction européenne et aller plus en avant et enfin, nous allons avoir la présidence française de l’Union européenne au deuxième semestre. Et donc nous avons là toute une fenêtre de tir toute une période durant laquelle le pays, la France peut retrouver son rôle de moteur et notamment son rôle de moteur en faisant en sorte que l’Europe de la défense progresse car s’il y a bien une chose à laquelle nous devons arriver, c’est de faire en sorte que les Européens prennent leur sécurité en main et ne la confient pas comme ils le font trop souvent à l’OTAN et à nos amis américains.
Cela, ça passe par exemple par le second porte-avions que la France voudrait construire en commun avec les Britanniques. Il semblerait que les Britanniques hésitent un petit peu en ce moment. Alors, qu’est-ce que ferait la France si les Britanniques renonçaient, on le ferait tout seul ?
Nos amis britanniques ne nous ont donné aucune indication nous permettant de penser qu’ils hésitent. Nous avons un nouveau gouvernement, un nouveau Premier ministre et il est logique, je vois le ministre de la Défense britannique demain matin, un petit-déjeuner, et il est logique que, compte tenu de l’ampleur des coopérations industrielles que nous avons avec les Britanniques, compte tenu de l’importance de ce projet que nous prenions le temps de regarder si cette coopération industrielle marche, si nous pouvons dans les mois qui viennent tomber d’accord sur un projet commun,qui nous permet de faire des économies substantielles et nous avons à peu près l’un et l’autre un agenda qui est à peu près le même. Le président de la République a lancé un libre blanc, c’est-à-dire cette réflexion stratégique. Nous allons faire une revue des programmes pour vérifier la pertinence de chaque programme, son coût et la capacité pour nous de le mener et en même temps, nous allons dans cette perspective de construire un second porte-avions continuer notre dialogue avec les Britanniques et si tout va bien, à l’issue de tout cela, eh bien, on aura probablement dans la nouvelle loi de programmation militaire un second porte-avions. Donc tout cela est assez cohérent. Il n’y a pas de doute, il y a besoin de cette réflexion, il y a besoin de ce dialogue avec nos amis britanniques pour que nous puissions tomber d’accord sur un projet commun qui nous permettra de faire des économies.
Alors, vous le disiez tout à l’heure, il y a une volonté de faire une Europe de la défense et puis, surtout, une volonté de faire en sorte qu’il y ait une sorte de rationalité dans la production de l’armement en Europe ; est-ce qu’il y a des projets spécifiques là qui sont en vue ?
L’idée qu’a, c’est tout le sens du discours du président de la République au salon du Bourget, c’est qu’il nous faut une politique industrielle européenne. Il n’est pas supportable de voir que, aujourd’hui, nous menons des programmes parfois en coopération mais dans lequel chaque pays réclame un juste retour en disant « j’ai mis 5 % dans le programme, donc je veux 5 % pour mes industries. » Il faut que l’on ait une vraie politique industrielle au sens où on fait appel aux meilleures compétences, aux meilleures spécialités dans tous les pays européens ou dans les plupart des pays européens pour monter des programmes communs qui nous permettront de mettre en place une vraie politique industrielle européenne, il faut que vous sachiez que, aujourd’hui, on est dans la situation où il y a les Etats-Unis qui consacrent des budgets deux fois à deux fois et demi supérieurs au budget de l’Europe pour l’équipement de ses armées. Il y a des Américains qui consacrent 5 fois plus d’argent dans la recherche et le développement que n’en consacre l’Europe. Et donc si nous voulons continuer à avoir une industrie européenne performante et j’allais dire une industrie française performante, c’est un de nos fleurons industriels, on ne doit jamais oublier que cela fait 50 ans que la France a fait un effort colossal pour avoir ce fleuron technologique mais maintenant, ce fleuron-là, nous devons le mettre à disposition. Le « mettre à disposition », ce n’est pas le mot mais faire en sorte que dans le cadre d’une vraie politique industrielle européenne nous soyons en mesure de concurrencer les Américains, notamment sur les marchés à l’exportation parce qu’il y a quelque chose qu’il faut avoir en tête, c’est que nous sommes dans un marché, on pourrait dire malheureusement, mais heureusement pour les industriels qui est un marché extrêmement porteur. Le monde entier est en train de se réarmer sauf l’Europe d’ailleurs, ce qui pourrait nous amener à nous poser un certain nombre de questions et donc, il faut que nous soyons en mesure nous Européens non pas de produire plusieurs armements en commun, on a produit 3 avions de combat différents. Nous avons des projets de sous-marins différents. Il faut que nous mutualisons nos forces pour être en mesure de rester parmi les leaders mondiaux dans ce secteur.
Alors, vous avez accompagné aujourd’hui Nicolas Sarkozy qui s’est rendu à l’Ile Longue, la base des sous-marins français, des sous-marins lanceurs d’engins. Est-ce que cela veut dire que dans votre et vos conceptions, au président de la République et à vous, la force nucléaire de dissuasion conserve toute son importance à un moment où beaucoup de gens disent « écoutez, on n’est plus dans les années 60, c’est plus vraiment par le nucléaire que passe une bonne défense.»
Comment peut-on se priver de cette arme, de cette force qui est l’assurance-vie du pays ? Comment pourrait-on se priver d’une force qui par définition a priori n’est pas faite pour être utilisée, Dieu merci, mais qui représente la capacité pour la France de pouvoir dire à tout moment « si nos intérêts vitaux sont en jeu, nous avons là une force qui est capable d’assurer l’indépendance et la souveraineté du pays » ? C’est un effort colossal que nous avons effectué sur des décennies sur l’impulsion du Général de GAULLE. Nous avons réussi il y a quinze jours nos industriels et nos ingénieurs de l’armement ont réussi le deuxième tir du future missile qui est le missile M51. C’est une prouesse technologique extraordinaire. Sachez que vous avez dû remarquer que les Russes ont dû rater 6 ou 7 fois des essais dernièrement, que nous allons mettre en place un nouveau missile avec très peu d’essais par rapport à ce que font, par exemple, les Américains. Nous avons là un outil militaire qui est un outil militaire absolument indispensable et que bien entendu, nous devons préserver. Qui peut vous dire quel sera l’état du monde dans dix ans ? Qui peut vous dire quelles seront les menaces dans dix ou quinze ans ? On voit les grandes nations à travers le monde qui sont en train de se constituer et se priver de cette assurance-vie que représente la force de dissuasion me semblerait une erreur absolue.
Alors, Monsieur le Ministre, combien de soldats français vont-ils célébrer le 14 juillet demain sur des théâtres d’opération ?
Sur les théâtres d’opération, vous avez à l’heure actuelle 12 000 hommes qui sont dans les principaux théâtres, l’Afghanistan, les Balkans, le Liban, la Côte d’Ivoire. Nous avons aussi toutes nos forces prépositionnées outre-mer qui représentent plus de 20 000 hommes et donc demain je pars au Liban pour aller rencontrer des hommes qui sont au sein de la FINUL qui assurent la sécurité entre le Liban et Israël et à la fois pour leur apporter leur soutien, notre soutien et puis, en même temps, pour rencontrer les responsables politiques libanais, notamment le Premier ministre Siniora mais ces hommes là, eh bien, vous savez quand vous les rencontrez, vous vous rendez compte à quel point nous avons une armée qui est respectée, une armée qui a un savoir-faire extraordinaire et ça, c’est quelque chose de très précieux pour une nation qui veut encore compter sur la surface de la planète.
La France reste en Afghanistan ?
La France comme nous l’avons dit à plusieurs reprises n’a pas vocation à rester éternellement en Afghanistan mais, partir à l’heure actuelle ou se retirer serait un mauvais signal à l’égard de nos alliés. Ce que nous voulons, c’est que l’Afghanistan prenne peu à peu en main son destin, qu’elle mette en place les institutions, son armée, une police qui lui permet d’assurer par elle-même sa sécurité et donc ce que nous souhaitons, c’est avant tout accentuer notre effort sur la formation de l’armée afghane, nous allons renforcer les forces chargées de l’encadrement et de la formation des armées afghanes pour que, progressivement, nous puissions ensuite nous retirer mais c’est vrai que le chemin est encore long.
Alors, l’armée a aussi un rôle de formation et vous voulez mettre en place un plan d’aide aux défavorisés pour les intégrer dans de grandes écoles militaires l’année prochaine mais sans faire de la discrimination positive. Alors, comment allez-vous faire ?
Vous savez, ça n’est pas propre à l’armée. Même l’université souffre de ce mal, nous avons en France une réalité, c’est que les familles de condition modeste ou les enfants de familles de condition modeste ou les enfants de familles défavorisées n’entrent pas dans nos meilleures écoles. On avait réussi il y a un siècle à faire en sorte que l’égalité des chances ait un vrai contenu au sein de l’école de la République. Aujourd’hui, ça n’a jamais été aussi peu vrai et donc ce que je veux, c’est que les écoles militaires et nos plus belles écoles, l’école navale, Saint-Cyr, l’école de l’air, Polytechnique, etc., nous mettions en place mais cela peut être vrai aussi valable pour les écoles de sous-officiers, nous mettions en place des accords avec des établissements non pas uniquement des zones urbaines sensibles ou des zones d’éducation prioritaire mais aussi des lycées de province pour que les enfants, les jeunes issus de conditions modestes qui pourraient être attirées par la carrière militaire, eh bien, puissent grâce à un système de tutorat en s’appuyant éventuellement sur nos lycées militaires qu’ils puissent passer les mêmes concours que les jeunes issus des familles défavorisées et puissent intégrer les plus belles écoles de la République que représentent les écoles de l’armée. Voilà ce que je souhaite faire parce que je souhaite que à tous les niveaux, militaires du rang, c’est le cas, sous-officiers, c’est déjà moins le cas, et officiers, c’est très peu le cas, eh bien, que l’armée soit à l’image de ce que représente la société française.
Une dernière question de nature politique, Monsieur le Ministre, là, vous savez que l’on a parlé aujourd’hui des deux frères de Rachida Dati. Il y a ceux qui disent « mais c’est tout à fait anormal de parler de cela alors qu’elle n’a aucune responsabilité dans les agissements de ses deux frères », vous en tant que membre du gouvernement et politique, comment vous abordez cette question ?
Je trouve que, permettez-moi de vous dire, que c’est à la limite de la médiocrité absolue. Je veux dire, mélanger la famille avec la fonction d’une sœur qui est Garde des Sceaux, considérer que l’on va mettre en place des amalgames pour essayer d’affaiblir une femme qui fait son boulot au sein du gouvernement, honnêtement, je trouve cela si je n’étais pas ministre, j’emploierais des mots qui ne sont pas convenables dans la langue française parce que honnêtement, je trouve cela d’une médiocrité absolue.
Merci Monsieur le ministre d’avoir été avec nous en cette occasion du 14 juillet.
Merci beaucoup et n’oubliez pas de regarder le défilé demain parce que le défilé avec 27 pays défilant, c’est quelque chose qui va rester dans l’histoire de ce début du siècle.
Oui et il paraît que les Espagnols ont des poitrails admirables.
Oui, vous allez voir les poitrails espagnols, vous verrez des hommes et des femmes marchant à des cadences différentes avec des pas différents mais tout cela donne dans un continent qui a été tellement déchiré par la guerre une très belle image.