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12.11.2007 : Il s'agit de la crédibilité de l'Europe (Frankfurter Allgemeine Zeitung)

 11 Ko La France veut jouer un "rôle actif" dans l’Otan et dans l’Union européenne dit le ministre de la défense Français Hervé Morin. Dans un entretien au Frankfurter Allgemeine Zeitung réalisé par Michaela Wiegel, il parle du Tchad, de la présidence de l’Union européenne en 2008, et du conflit sur le nucléaire avec l’Iran.

Monsieur le ministre, la France peut-elle justement prétendre à son rôle de leader de la force européenne EUFOR à l’est du Tchad, après l’affaire de l’association humanitaire de "l’Arche de Zoé" ?

Hervé Morin : Il est très important à mes yeux, qu’il s'agisse d'une véritable intervention européenne, et non d’un cavalier seul français. Nous ne porterons pas seuls avec nos 1500 soldats Français, la force de sécurisation EUFOR, qui comprendra en tout entre 3000 et 4000 hommes. La Pologne, la Suède, l’Irlande, la Grèce, la Roumanie et l’Autriche se sont d’ores et déjà engagés pour soutenir cette force, nous attendons d’autres engagements. Il ne s’agit de rien d’autre que de la crédibilité de l’Europe dans la crise du Darfour. Nous avons dit que nous ne voulions pas assister impuissants aux massacres dans la région du Darfour. Au Conseil de sécurité de l’ONU, la France et la Grande-Bretagne ont porté la résolution au nom de l’Europe. Tous les européens non membres du Conseil de sécurité ont soutenu notre démarche. Nous n’avons maintenant pas le droit d’échouer.

L’intervention de l’EUFOR, est-elle un exemple d’intervention de défense européenne comme la France l’imagine ?

Les capacités d’interventions européennes constituent pour nous une priorité absolue. Avec la monnaie commune, nous avons construit un symbole très fort pour l’Europe. Mais rien ne pourra mieux exprimer la communauté de destin européenne, qu’une Défense , une prise en compte commune des menaces et des intérêts sécuritaires européens. Sur cette question, où pour vouloir défendre nos valeurs nous aurions éventuellement besoin de recourir aux armes, il peut se créer quelque chose comme une conscience européenne. C’est pourquoi nous voulons faire avancer l’Europe de la Défense, lors du second semestre 2008, lors de la Présidence européenne.

Est-ce là la raison pour laquelle la France aspire à un retour dans les structures militaires intégrées de l’Otan ?

Nous sommes membres fondateurs de l’Otan, depuis 1995 nous participons à toutes les opérations militaires. Nous comptons dans les membres de l’Otan, parmi ceux qui participent le plus à l’Alliance. Depuis le 31 août nous avons pris en charge le commandement de la Kfor au Kossovo. Mais par notre chipotage constant, nous avons longtemps masqué cette réalité. Maintenant nous disons de manière claire : l’Otan et l’Europe de la Défense, ne sont pas dans un rapport de concurrence, elles sont complémentaires. Nous ne voulons plus jouer le rôle de bloquer l’Otan ou de la freiner. Nous voulons jouer un rôle actif.

A quoi devra ressembler de manière concrète ce "rôle actif" , en particulier avec la perspective de la Présidence française de l’Union européenne au second semestre 2008 ?

Nous sommes encore dans la phase de soumettre nos idées à nos partenaires européens. Notre objectif est que l’Europe se dote de moyens capacitaires propres pour la gestion des crises. La mise en place d’un comité de planification autonome à Bruxelles fait partie de nos aspirations, tout comme la réalisation d’une stratégie de sécurité européenne pour les années à venir. Je m’imagine aussi bien un programme européen de type Erasmus, avec un échange institutionnalisé pour des soldats professionnels à l’intérieur de l’UE. Cela suppose naturellement que la formation militaire, au moins au début de cycle soit harmonisée. Nous devons finalement favoriser un véritable programme de recherche européen, qui ne représente pas une accumulation de projets de recherches nationaux parallèles. Nous devons apprendre à penser vraiment européen.

La France renforce ses troupes en Afghanistan. N’est-ce pas une concession faite à l’Amérique dans la perspective des négociations concernant l’Otan ?

Le développement de la situation en Afghanistan est entré dans une phase décisive. Nous voulons participer au succès de la mission de l’Otan. C’est pourquoi nous avons accepté de transférer nos avions de combat de Douchambe à Kandahar. Ceci a également l’avantage que nous pouvons intervenir plus rapidement, et que nos avions n’ont plus besoin d’être ravitaillés en vol. Nous avons renforcé le nombre de formateurs français pour instruire et former l’armée afghane. Il s’agit là d’un effort remarquable. Cela correspond à notre souhait, d’empêcher la situation de se dégrader et d’aider les afghans à prendre en main leur propre destin.

Le ministre des Affaires étrangères français a récemment averti de l’éventualité d’une guerre contre l’Iran. La France approuve t-elle, dans l’hypothèse d’une escalade dans le conflit sur le nucléaire avec l’Iran, une option militaire, comme cela est évoqué par l’équipe dirigeante américaine ?

Nous voulons ramener l’Iran à la table des négociations. La possibilité que le pays puisse disposer de l’arme nucléaire est inacceptable. C’est pourquoi nous sommes prêts à renforcer les sanctions comme moyen de pression sur Téhéran, et en cas d’urgence également en dehors du Conseil de sécurité de l’ONU. Mais nous ne nous préparons pas à une guerre.



Propos recueillis par Michaela Wiegel

Site officiel de Hervé Morin, Ministre de la Défense et Maire d'Epaignes

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