Mercredi 26 novembre, une interview d'Hervé Morin sera publiée dans Le Figaro
Dans la Presse

03.07.2008 : Une opération vérité nécessaire pour les armées (Valeurs actuelles)

 24 Ko Après la publication du livre blanc sur la défense, êtes-vous choqué par les critiques venues du milieu militaire ?
Il y a trois semaines, le général Georgelin, chef d’état-major des armées, a réuni ses grands commandeurs pour expliquer le livre blanc qui adapte notre stratégie de sécurité à la mondialisation avec un grand souci de cohérence.

Que leur a-t-il dit ?
Il leur a dit que c’était une réforme très ambitieuse et qu’il fallait être unis et solidaires pour la réussir.D’approuver les choix décidés par le président de la République et de s’engager dans la réforme ou, dans le cas contraire, de démissionner.

Leur réaction ?
Les chefs d’état-major et les grands responsables sont favorables à la réorganisation territoriale, à la mutualisation, à la densification des unités.Les responsables militaires demandent depuis des années des fermetures de bases ou de garnisons.

Et la démission du général Cuche, après l’affaire de Carcassonne ?
Dès le dimanche soir, il a évoqué la question de sa démission,en homme libre. C’est un grand militaire,un homme qui a conscience de ses responsabilités. Il estimait qu’en tant que chef il devait assumer la totalité de cette responsabilité.

Avez-vous lancé une enquête pour identifier “Surcouf”, pseudonyme collectif utilisé par un groupe d’officiers dans “le Figaro” ?
Si les auteurs de cette tribune sont connus, ils devront assumer la violation du devoir de réserve imposé par la loi et le statut militaire. De même, lorsqu’il y a des fuites, sachez que je demande systématiquement des enquêtes à la direction pour la protection et la sécurité de la défense (DPSD). Je l’ai dit aux chefs d’étatmajor au début de la réforme : si on identifie tel ou tel à l’origine des fuites, il quittera ce ministère dans la seconde, qu’il ait des galons ou des étoiles. Je leur ai dit de transmettre ce message à tous leurs subordonnés.

Les critiques ne sont donc plus autorisées !
Je suis chargé de faire respecter le statut militaire et les critiques publiées sont infondées. Elles parlent de l’absence de choix alors que c’est tout le contraire : nous passons de contrats opérationnels virtuels à des contrats opérationnels réels.

Pourquoi toutes ces fermetures d’unités ?
En fermant des régiments d’artillerie, de blindés, du train et du génie, nous tirons définitivement les conséquences de la disparition du pacte de Varsovie et de l’extension de l’Otan jusqu’aux frontières de la Russie. L’accent mis sur l’observation, le renseignement, l’aéromobilité, l’infanterie et sur la capacité de projection de forces traduit des choix réalistes et ambitieux : projeter 30 000 hommes de l’armée de terre sur un arc de crise qui va de l’Atlantique à l’océan Indien et 5 000 sur des théâtres secondaires, auxquels viennent s’ajouter 10 000 hommes au titre de la défense de notre territoire, ce n’est pas rien.

En projection, cela paraît peu…
C’est suffisant.Nous n’avons jamais projeté une telle force depuis 1945. La France n’a pas d’ennemis déclarés ! Elle n’agit plus jamais seule, mais toujours en coalition ou dans un système d’alliances. La France demeure une “nation cadre”, capable de conduire une opération majeure, d’entrer en premier sur un théâtre. Cela signifie que nous restons une puissance militaire crédible avec un potentiel comparable aux Britanniques.

Avec à peine 2% du PIB consacrés à sa défense ?
En 1991, lors de la guerre du Golfe, c’était un peu plus de 3 % du PIB. Cela ne nous a pas empêchés d’avoir de cruelles désillusions. Il fallait faire des choix. Ils sont faits.

Sur quels plans ?
Sur le renseignement par exemple, avec la création du Conseil national du renseignement. Aujourd’hui, c’est bien le politique qui prend les décisions.Nous allons aussi créer près de 450 postes dans le renseignement sur les six ans de la programmation. Nous avons besoin de moderniser nos forces dans des secteurs comme l’aéromobilité. Nous allons rattraper ce retard.

Les militaires ont déjà entendu ce discours.
Je les comprends. La vérité, ce sont ces 377 milliards d’euros prévus jusqu’en 2020,dont 200 milliards pour l’équipement des forces. Ce n’est pas seulement sur le livre blanc que le gouvernement sera jugé mais sur l’engagement financier de la prochaine programmation militaire.

L’heure de vérité ?
Oui. C’est une vraie ambition pour un pays qui a 40 milliards d’euros de déficit annuel et 1 300 milliards d’endettement. L’ambition marquée par le livre blanc permet à la France de rester une des quatre grandes puissances militaires mondiales.

Sur quelle période la déflation de 54 000 personnes sera-t-elle conduite ?
Sur six à sept ans. Cette “cible” correspond à l’énorme travail de réorganisation mené dans notre ministère. Nous avons conduit nous-mêmes notre Révision générale des politiques publiques. Cette réforme est la nôtre, elle ne nous a pas été imposée.

Combien de sites seront fermés ?
Une trentaine de sites majeurs. Ma copie est rendue, à l’exception de quelques cas liés à un choix encore à faire entre l’analyse opérationnelle pure et l’aménagement du territoire.

Malgré ce que vous répétez : “L’armée n’a pas vocation à faire de l’aménagement du territoire” ?
J’ai déjà fait quatre ou cinq exceptions sur ce dossier.

Comme…
Les derniers arbitrages sont en cours. J’ai présenté les cinq unités pour lesquelles les élus continuent de contester une éventuelle fermeture, parfois pour des raisons politiques pures, qui dépassent de loin le cadre de la défense.

Quelles sont les villes soumises à de fortes pressions politiques ?
Tous les parlementaires que j’ai rencontrés approuvent la réforme, mais bien sûr ne souhaitent pas qu’elle concerne leur circonscription.

Les centres d’entraînement en montagne de Barcelonnette et de Briançon sont-ils condamnés ?
C’est un dossier que j’ai demandé à réétudier, point par point, une dernière fois.Mais n’oubliez pas qu’ils ont été créés en 1994 uniquement par compensation de la fermeture de garnisons.

Est-il justifié de supprimer ces centres uniques en Europe ?
De l’avis des chefs d’état-major, ce type d’entraînement spécifique peut très bien se faire au sein même des unités de combat.

Toutes les autres dissolutions sont-elles définitivement calées ?
Oui.Les problèmes ont été progressivement résolus.

À terme, que sera l’implantation territoriale des armées ?
Elle repose aujourd’hui sur 471 communes.Nous allons créer environ 90 bases de défense. Ces bases de défense seront des structures d’administration générale et de soutien qui travailleront au profit de toutes les unités de l’armée de l’air,de terre et de la marine dans un rayon de 30 kilomètres. Elles s’occuperont des ressources humaines, des finances, de la reconversion, du logement,de l’environnement.

Permettront-elles vraiment de faire des économies ?
Oui, de très sensibles économies sur la structure du ministère. N’oubliez pas ces deux chiffres : 60 % des ressources humaines du ministère sont consacrées au soutien et à l’administration générale, 40 % aux forces opérationnelles. Les Britanniques ont le ratio inverse ! Certaines unités resteront seules pour des raisons d’aménagement du territoire ou par nécessité opérationnelle, comme,par exemple, la base aérienne de Solenzara.

Comment sera organisée une base de défense ?
L’unité de soutien mutualisé d’une base de défense sera forte de 300 hommes et servira en moyenne 3 000 hommes des différentes forces. Actuellement, pour assurer la même mission dans des régiments équivalents, par exemple les ressources humaines, le rapport peut aller de 1 à 2,5. Pour 1 000 hommes, la même fonction peut ainsi occuper de 10 à 25 personnes ! Aligner chaque régiment sur la meilleure pratique permettra aussi d’améliorer les choses. D’autre part, nous allons réduire le nombre de nos états-majors de force (EMF), réservoirs d’officiers pour conduire des opérations de niveau corps d’armée, de quatre à deux.

Pourquoi ?
Nous ne conduirons jamais quatre opérations de niveau corps d’armée. Savez-vous que chaque EMF de 150 personnes nécessite 90 personnes en soutien ?

Combien coûteront les mesures d’accompagnement promises pour les restructurations ?
Le premier ministre a annoncé devant l’Assemblée nationale que les communes affectées par les suppressions d’unités militaires bénéficieront de 320 millions d’euros de subventions.

La condition militaire ne sera-t-elle pas oubliée ?
Non. En plus des mesures d’accompagnement social directement liées aux redéploiements, nous allons mettre en oeuvre, en deux ou trois ans, la totalité du plan d’amélioration de la condition militaire prévu en février 2007 et estimé environ 300 millions d’euros. La révision des statuts particuliers vient d’être validée par le Conseil d’État. Dès cet été, nous pourrons promulguer le texte pour mettre en oeuvre la totalité de ce plan, ce qui n’aurait pas été possible sans les réformes. C’est un plan sans précédent.

Quel est le plus difficile en ce moment ?
La réorganisation interne du ministère. Ce sont des continents qu’il faut faire évoluer. Mutualiser, supprimer les duplications de services, créer un budget de programmes communs, regrouper l’ensemble des états-majors sur un même site, créer un comité exécutif, mettre toute la loi de programmation sous l’autorité du chef d’état-major des armées : tout cela est du domaine de la tectonique des plaques.

Propos recueillis par François d'Orcival et Frédéric Pons

Site officiel de Hervé Morin, Ministre de la Défense et Maire d'Epaignes

Conception, développement et hébergement ehoui